Mogwai n’a pas su s’arrêter à temps. C’est la même recette qu’ils servent depuis des années, qui prend à chaque fois, même quand on pense que c’est terminé; on y revient, on en redemande, inlassablement. The Hawk Is Hawling, l’avant dernier album, prenait un tournant presque post-metal parfois, on aurait pu avoir LA révolution, le retour du groupe sur le devant de la scène, bruyant, violent, ce mur solide et impénétrable qu’ils nous ont tant balancé plutôt qu’un gros animal qui s’endort sur son statut de monstre sacré du post-rock. Mais rien de tout ça, le dernier Mogwai est plat, chiant, embarrassant par moments. La magie est partie, on la connait trop bien, c’est même plus drôle. Comme Isis et son Wavering Radiant, Mogwai se casse la gueule sur ce qui pourrait bien être son épitaphe là où ils auraient pu s’arrêter sur un excellent album et cette question que finalement on adore se poser : “Et si ils avaient continué ?”. Mogwai est mort, tant pis pour moi. J’écouterais quand même le prochain si prochain il y a, parce que tous les 6 mois je me dis que c’est le meilleur groupe du monde. Je leur donnerais encore une chance, parce qu’écouter Sine Wave pour la première fois à été la plus grosse claque que j’ai prise en musique. Je resterais fidèle parce que personne (à part Godspeed You ! Black Emperor) n’a composé un post-rock aussi intemporel que “You Don’t Know Jesus” ou “Two Rights Make One Wrong”. Parce que j’ai vu 2 fois “Take Me Somewhere Nice” en live et que 2 fois j’en ai eu les larmes aux yeux; pour ce flot d’émotions contradictoires qu’on a rarement pu palper de façon aussi évidente dans un album. Enfin, parce que sans eux ce blog n’existerait peut-être pas. Rock Action, ou de l’éducation.

Pirater cet album !

 

Ceremony est devenu avec Rohnert Park le parfait groupe de hardcore pour Tracks et Pitchfork, lent, sombre, simple et génial à la fois. Mais aussi excellent que soit leur dernier album, Ceremony, c’est avant tout un des derniers spécimen de ce que fut le hardcore californien, celui de Black Flag, celui qui casse des dents, celui qui nique la police, celui qui s’en branle. Le hardcore par dépit, la hargne et la bave aux lèvres. A des kilomètres de Ruiner ou Defeater, qu’on pourrait croire énervés juste pour l’être si on les écoutait un peu trop vite. Ceremony, c’est la violence qui fait peur, celle que l’auditeur moyen qualifie d’un “houlààààà” en fronçant les sourcils plus que d’un simple “ah ouais” désintéressé. Conglomérat de morceaux variant entre 20 secondes et 1 minute 30, Violence Violence le bien nommé vient mettre un bon coup de pied au cul à tous les coreux qui pensent que se politiser va les sauver du ridicule, que 3 minutes est un format acceptable et qu’être punk ne veut plus rien dire. Suffit de voir le groupe retourner une fosse pour comprendre qu’un mosh pit, en vrai, c’est ça (“Pack your fists fill of hate, take a swing at the world, These kids stick to themselves, carry angst in their words where will never be a part of this cursed fucking town. So we stand amongst ourselves, watch it burn to the ground, burn to the fucking ground“, Kersed). Locomotive carburant à la haine et à la frustration lancée à fond la caisse, Violence Violence écrase tout avec avec un entrain et une fureur qui se font beaucoup trop rares. L’album inclut le premier EP “Ruined”, pour toujours plus de pissed off, pissed off, pissed off !!!

Put these beautiful people six feet underground.
I walk their roads, spill blood through their streets.
I hate everyone and every fucking thing.
This is my war”

 

Pirater cet album !

J’ai reçu une newsletter de indian queen records, modestement signée “jon…I do the recording project silent land time machine.”

Et je me suis dit, avant qu’il sorte son deuxième album, qui tourne clairement drone arythmique, il faut avoir entendu le premier, &hope still.

Parce qu’il est vraiment unique. Je ne crois pas qu’il y ait un seul projet musical qui crée le même genre d’ambiance. Everything goes to shit résume un peu tout, c’est “le seul morceau qu’[il] avait vraiment en tête quand [il] a commencé à enregistrer”. Donc attendez vous à un mélange d’électroniques, d’accordéon, de violons et de voix inarticulées qui jouent des mélodies de deux ou trois notes sur un rythme bien constant. C’est la plupart du temps un jeu de superposition de pistes, une texture dense qui grossit.

Et le résultat : quelque chose de directement accrocheur ; joyeux avec la classique touche mélancolique ; simplet, anti-épique, un peu cheap. Et puis, bon, unique.

silent land time machine – &hope still

Les plus grandes B.O. se reconnaissent à leur capacité à transcender le support visuel auquel elles étaient asservies, accessoirisées. Blush Music a franchi ce pas à mon plus grand bonheur ; il aurait été injuste de condamner ces pistes à l’étroitesse d’une scène.

Deuxième collaboration entre David Eugene Edwards (16 Horsepower) et Ordy Garrison, autour d’un projet surprenant : un spectacle de danse contemporaine. Le défi lancé était d’adapter la country, musique de beaufs américains, à l’ambiance plus raffinée de la troupe de danse de Wim Vandekeybus. La country se retrouve modernisée, enveloppée d’un voile de brume sous une pluie d’acier chirurgical, lui donnant une texture si froide et si riche à la fois. L’intensité est à son comble, chaque morceau nous maintient dans une ambiance troublante de western, où les chevaux côtoieraient les Choppers, et un suspense permanent soutenu par un son fantomatique.

 

Dirty riding

Fondateur du prestigieux label Environ (indispensable pour tout amateur de deep house!), Morgan Geist fut l’une des grosses révélations de house music alternative de ces 10 dernières années.
Metro Area est en fait composé de deux membres: Morgan Geist et Darshan Jesrani ; qui tombèrent tous les deux dans la musique électronique autour des années 90 (bizarrement, grace à leur intérêt pour le rock progressif). Sortant 4 EPs mémorables entre 1999 et 2001 puis un album en 2002 (recompilant certains morceaux des EPs précédants), le duo réinventa complètement la house underground. Offrant une ambiance beaucoup plus intime et empreintant une nouvelle direction disco jusque-là jamais explorée, ce style sera développé par d’autres artistes tout le long des années 2000 donnant naissance, à la fin de la décennie, au courant “NuDisco” (dont Hercules & Love Affair et Aeroplane font partie).
Innovateur à souhait, Metro Area repose sur 11 morceaux instrumentaux pleins de soul calmes et entrainants. Aucun de ces tracks n’a été retouché ou poli à la perfection: le résultat donne un son rugueux propre aux vinyles des années 70 (Mention spéciale pour “Caught Up”!). Du funk et de l’atmosphere, un vrai délice.

Track 11 – Caught Up

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C’est durant la période du début des années 90 que les party kids anglais dansaient sur un son dûr, rapide et syncopé bâptisé “hardcore”. Ce style fortement inspiré des morceaux les plus brutaux d’Undergound Resistance capture parfaitement l’ambiance des raves clandestines de l’époque: elle prenait les danseurs au ventre, balançait des lignes de synthétiseur à faire pâlir un soldat de la garde royale et une répétition de “breaks” qui donnaient une véritable sensation de vitesse incontrolée. Une musique incontrôlable, issue de l’underground et bien décidée à y rester (le hardcore fut complètement ignoré par la presse musicale et les connards prétencieux de l’époque qui le jugèrent trop stupide et sans intérêt).

Et pourtant, ce style a su apporter tellement d’inovations: Certains producteurs cherchèrent à accélérer le tempo, multiplièrent les rythmes breakbeat et inventèrent le courant jungle (ou drum’n'bass) qui connut un énorme succès. Ils y ajoutèrent aussi une ambiance débile évoquant l’enfance à gros coup de samples de dessins animé (histoire de faire un beau doigt d’honneur aux lois sur le copyright), de rappeurs à la voix hyper-accélérée et de pianos kitch (Cette envie d’enfantiliser le mouvement donnera plus tard le Happy Hardcore). C’était ça le truc: cette musique ne se prenait absolument pas au sérieux. L’ambiance des raves reposait sur des costumes bizarres, sifflets, gateaux à l’extasy et autres performances sceniques délirantes…

Bref, je vous laisse avec un classique qui, en 1992, posait déjà les bases de la drum’n'bass. Tous les morceaux valent le coup (même si j’ai un petit faible pour “Get Funky In The Place”, qui n’a aucune honte à violer sauvagement Mozart). C’est débile et bourin. Naïf et brutal en même temps . Avec cet EP, les kids anglais lançaient un gros “FUCK” aux années Tatcher, aux élites bobo prétencieuses et à tout ce qui, d’une certaine manière, avait du bon goût.

Track 01 – I Need your Loving (Real Hardcore Mix)
Track 02 – Feel The Fury (Piano Remix)
Track 03 – He Never Lost His Hardcore (Remix)
Track 04 – Get Funky In The Place (Mozart Remix)

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Personne n’a jamais réussi à me donner une définition précise du mot “funk” ; et pourtant, ça fait longtemps que le genre musical est présent. Un petit tour sur wikipédia nous apprend que “le terme funk provient de l’argot anglo-américain funky, qui signifie littéralement « puant », reproche traditionnellement adressé aux noirs par les WASP racistes, et repris ensuite à leur compte par les artistes noirs”. C’est assez simple: certaines personnes comprennent le funk, d’autres pas. Si en écoutant les premiers morceaux de l’album avec des bonnes basses, tu ne bouges pas au moins UNE SEULE PARTIE DE TON CORPS (même la tête), eh bien tu n’as rien compris, passe ton chemin.

Les fondateurs s’appellent O’Kelly Isley Jr, Rudolph Isley, Ronald Isley et Vernon Isley (devinez d’où vient le nom du groupe!). Comme presque toute bonne formation soul/funk des années 70, les Isley brothers avaient déjà démarré une carrière gospel puis R&B 20 ans plus tôt. C’est en 1959 qu’ils atteignent les hit parades grace à leur succès doo-wop “Shout” puis en 1962 avec “Twist & Shout” (fameux morceau repris une année plus tard par les Beatles). Après un petit tour par la Motown, les frères démarrent à la fin des années 60 leur propre label “T-Neck Records” d’où sera issu leur album “3+3″. C’est le début la période en or pour le groupe: le son R&B dont ils s’étaient fait connaître jusque là se voit teinté d’éléments rock, soul et bien sûr de funk.

Et c’est en 1975 que sort “The Heat is On”, album qui atteindra la place n°1 dans le billboard 200 des Etats-Unis. Le reste fait partie de l’histoire.  L’impact de ce groupe sur la musique afro-américaine est énorme: crochets, “back-beats”, riffs à double basse… Leur longévité est aussi impressionnante: les Beatles leur sont redeveurs d’un gros succès, ils ont été contemporains de la Motown, James Brown et Marvin Gaye, ils ont réussi à survivre à tous les courants musicaux de musique noire américaine jusqu’aux années 80 (en passant par le disco et l’electro-funk) ; ils sont même vus par de nombreux artistes de gangsta rap comme les obscurs initiateurs du courant g-funk! (Ron Isley viendra chanter en 1997 sur le tube “Smokin me out” de Warren G).

Composé de 6 morceaux, l’écoute du LP se fait assez rapidement. La première moitié est composée de véritables petites perles pleines de groove, tandis que le reste de l’album passe dans un registre plus smooth, toujours de très bonne qualité (les synthés et la basse de “Sensuality” me donnent des frissons dans la nuque tandis que la superbe voix de Ron Isley ferait mouiller euh… craquer n’importe quelle demoiselle qui venait à l’écouter).

Voilà, que dire de plus… Enjoy!

Track 01 – Fight the Power
Track 04 – For the Love of You


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Artiste dont le talent fut largement reconnu qu’après à sa mort, James Dewitt Yancey (aka J Dilla ou Jay Dee) était l’un des producteurs de hip hop le plus demandé de la fin du XXeme siècle (par notament De La Soul, Pharcyde, A Tribe Called Quest, Slum Village, Common, Q Tip et Busta Rhymes).

Né le 7 Février 1974 à Detroit, James Yancey se passiona très très jeune à la musique jazz qu’écoutait son père ; il grandit par la suite au son de la soul et du funk des années 70. Vivant dans le quartier du Conant Gardens, il commença une carrière de DJ au lycée puis ne tarda pas à sècher les cours pour se lancer dans la production musicale. Son voisin Joseph “Amp” Fiddler (qui avait déjà participé dans des tournées de George Clinton et des P-Funk Allstars) lui apprit les bases du sampling et de la programmation musicale assez vite.

A la fin des années 80, lorsqu’au milieu de son quartier noir de Detroit le hip hop devint roi, Dilla et l’un de ses potes formèrent le duo “Slum Village” qui fut introduit (grace à Joseph “Amp” Fiddler) en 1994 à Q-Tip du groupe A Tribe Called Quest. C’est à ce moment que la carrière du jeune James démarra: sous la tutelle de Q- Tip, il enchaîna les voyages et autres travaux pour Janet Jackson, Busta Rhymes, De La Soul ainsi que The Pharcyde. Préférant l’ombre des studios plutôt que les spotlights de la vie de star, il retourna bosser en 1996 à Detroit sur son projet Slum Village avec ses potes ; leur premier album Fantastic Vol. 1 fut un succès et ne fit qu’affirmer son talent aux yeux du monde du hip hop. Son travail augmanta. Il contribua au succès d’Erykah Badu sur son album de platine “Mama’s Gun” et sorti son premier album solo “Welcome 2 Detroit” sur BBE Records.

Après une petite tournée Européenne en 2003, un diagnostique révéla qu’il était atteint de thrombotic thrombocytopenic purpura (TTP), une maladie du sang assez rare. Sa santé ne s’arrangea pas avec le temps. Après sa collaboration avec Madlib de Los Angeles (Madlib + J Dilla = Jaylib) et une dernière tournée de quelques semaines en Europe, ce n’est que 3 jours  avant sa mort à l’hôpital qu’il composa Donuts, l’apogée de sa carrière mais aussi sûrement l’un des plus grands albums de hip hop instrumental qui soit. RIP.

Track 10 – Time: The Donut of the Heart

(Lien de téléchargement censuré par Stones Throw Records… désolé pour cette fois-ci)

Nous sommes en 2009: des noms tels que DJ Rashad, DJ Spinn ou encore DJ T-Why font leur timide apparition sur le web-magazine FACT et sur le déjà renomé label Planet Mu (dont µ-Ziq, Venetian Snares et Vex’d font partie). Pour les enthousiastes de musique urbaine underground, cela ne peut qu’annoncer des bonnes nouvelles.

Pendant que le dubstep s’amuse à se prostituer chez les transformers, les adeptes de Joker, Loefah et autres Hyperdub se régalent de “footwork”, un son tout droit venu de l’autre côté de l’Atlantique, j’ai nommé Chicago. Un mouvement qui possède ses origines dans la ghettotech des années 90 (musique coonue pour ses fameuses “explicit sexual lyrics”).

Mais depuis le temps, tout a évolué. Aujourd’hui, c’est un style très répétitif et saccadé que l’on peut entendre, des basses qui vibrent à basse fréquence, des “snares”, des “handclaps”, des morceaux de voix… Une danse frénétique (presque un art martial, faut voir les videos!) mais surtout des battles qui se disputent dans des entrepôts vides des quartiers du sud de Chicago, des gymnases d’école ou encore en soirée chez des potes.

Grace au net, le footwork a trouvé son public outre-atlantique (“Watch my Feet” de Dude N Nem pourrait en être le point de départ) et certains artistes européens n’hésitent pas aujourd’hui à s’en approprier la recette (notament le tube underground 2010 “Footcrab”, d’Addison Groove).

Mais pourquoi autant d’enthousiasme pour cette musique en Europe? Eh bien, j’ai tenté ma propre expérience sur platines: il semblerait que la plupart des morceaux footwork se mixent A MERVEILLE avec de nombreux morceaux dubstep (plutôt ceux issus du label Hyperdub), comme si ces sons underground de Chicago et de Londres s’étaient inventés l’un pour l’autre. Tout ça donne des ambiances sonores assez sympathiques (du genre faire monter la pression avec du footwork bien répétitif puis tout relacher sur des bonnes grosses basses dubstep). Bref, je vous laisse la compil’ parue la semaine dernière sur Planet Mu (mieux vaut l’achetter si jamais vous souhaitez que le mouvement se développe, juste par principe), en espérant que ça vous plaise. Voilà!

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Bonus:
Article en anglais sur le Juke/Footwork
FACT mix 195: DJ Spinn & DJ Rashad
L’une des nombreuses vidéos de battle qui circulent en ce moment sur youtube

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