Presque un mois d’abstinence. Je commençais sérieusement à avoir des crises de manque (spasmes, vomissements, trouble de la vue, fièvre et je vous passe les détails… ). Comprenez bien que tout est dû à une succession hasardeuse d’événements qui n’ont fait que m’éloigner un peu plus chaque jours de ma terre matricielle : internet. Pour moi cette aventure, ou mésaventure (tout est une question de point de vue) commença lorsque j’appris mon affectation dans cette école de province, il y a déjà plusieurs mois de ça. Fin d’une vie insouciante parisienne, j’allais me confronter a quelque chose d’inédit, d’inconnus pour beaucoup de gens, l’exode citadine… Donc se trouver un appart, emménager, et toutes les conneries qui suivent. Cependant mon appart n’est pas arrivé de suite et j’ai du abuser de la gentillesse d’un gars qui était dans la même situation que moi pour qu’il m’héberge un mois, manque de chance il n’avait pas internet… J’emménage ! Enfin chez moi ! le temps de régler les derniers soucis (frigo, four, éléctrecité, gaz, meubles, facture, baille, crémaillère…). Je me sens enfin près a installer le net chez moi. Et la, le destin s’acharne sur mon sort et tue mon ordi… C’est la descente aux enfers, j’oublie mon malheur dans l’obscurité de ma piaule en écoutant de  la musique, beaucoup de musique (dernier bastion de liberté et de rêverie), mais positivons, ça m’a permis de redécouvrir pas mal d’album que je n’écoutais quasiment plus et c’est le cas notamment du vaisseau intergalactique « The Cold Vein » signé par le duo new-yorkais « Cannibal Ox ». Effectivement l’opus nous vient d’une autre galaxie, d’un autre espace temps, je n’ai jamais réussis à décrire correctement ce groupe, à poser les bons mots, et aujourd’hui bah… c’est toujours pareil ! Les instrus restent toujours autant abstraites, difficile à saisir. Lorsque l’on a enfin l’impression de comprendre toutes les subtilités d’un morceau, l’écoute suivante nous largue une nouvelle fois dans cet univers sombre, froid, métallique… spatial. Comme si cet album avait bénéficié d’une technologie bien en avance sur notre temps. Face à ce monolithe d’anticonformisme, beaucoup se sentiront déstabilisé et ne saisiront pas l’ampleur du duo. C’est une toile abstraite qu’ils nous dressent, même si leurs paroles sont parfois plutôt cru (« My mother said you suck my pussy when you came out… » dans « A B-Boy’s Alpha »), ils ne se bloquent pas la dessus, et nous font partager une réelle passions pour le hip hop, attention pas la passion/festive/nostalgique du soul/funk/hip hop 80’s que beaucoup de groupe partagent (je ne cite personne bien sur, mais suivez mon regard) et qui « commence » à sonner faux. Nan, une réelle passion qui se fout de préjugés et qui ne les enferme pas dans du vu, vu et revu. Vordul et Vast Aire (le pseudo de nos deux « MC’S ») ont une véritable recherche du petit son qui tue, du petit scratch qui est différent, une volonté de faire avancer le mouvement et non pas de le faire régresser. Assez parlé, j’espère que ça vous a donné envie d’écouter cette excellent album…

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Décollage

01. Iron Galaxy
02. Ox Out the Cage
03. Atom – (featuring Alaska/Cryptic)
04. A B-Boy’s Alpha
05. Raspberry Fields
06. Straight Off the D.I.C.
07. Vein
08. The F Word
09. Stress Rap
10. Battle For Asgard – (featuring Life/C-Rayz Walz)
11. Real Earth
12. Ridiculoid
13. Painkillers
14. Pigeon
15. Scream Phenix

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« Prepare To Be Let Down », ça c’est du nom d’intro. 1’06 mn de pression qui prépare un terrain sombre et boueux, sans trop annoncer la couleur; à la pochette, au nom ou à l’intro, impossible de savoir à qui on a affaire. Puis le second morceau arrive, explosion de rage à la voix quelque peu déséspérée. « Bottom Line : Fuck You » remet les pendules à l’heure, le hardcore n’est pas mort. Ok, pas besoin de Ruiner pour s’en convaincre, encore que… Ici le son est old-school juste ce qu’il faut, rappelant que Minor Threat a existé avant Hatebreed; Ruiner est ce genre de groupe qui nous explique comment le hardcore a muté de l’un à l’autre. Dans ce Prepare To Be Let Down on retrouve cette hargne infantile qui a fait le succès de Minor Threat, avec un coté encore plus naif dans la revolte qui passe par une voix plaintive bien qu’hyperviolente et des paroles simples et efficaces. Les guitares balancent, la batterie ne fait pas une pause, cet album fait l’effet d’un gosse hyperactif lâché dans un magasin de porcelaine; 20 minutes de pure rage hardcore pour en arriver à « Kiss That Motherfucker Good Night », la façon la plus élégante que le groupe aurait pu trouver pour clore sa gueulante. Impossible à la première écoute de discerner le génie la-dedans tellement le coup de pied qu’il nous balance au cul est violent. A écouter encore et encore, hardcore jusqu’à la mort.

Pirater cet album!


Depuis que j’ai découvert La Rumeur, je n’avais plus vraiment écouté Akhenaton, un peu comme si il était devenu interdit de franchir le sillon que je venais de découvrir entre les deux scènes rap en France. Il faut dire que le rappeur Italo-Marseillais n’est pas vraiment compatible avec le style « Yvelines » puisqu’il incarne l’archétype du rappeur sur lequel ils s’évertuent à cracher (où alors c’est que La Rumeur deteste Akhenaton personnellement, la thèse des deux à la fois n’étant pas écartée). Quoi qu’il en soit cet état de fait est bien dommage, puisque le second album solo du rappeur-pharaon vaut plus qu’un détour : ego-trip sur la quasi-totalité, le skeud tourne vite en boucle sans qu’on puisse rééllement s’en détacher. Ok, certains morceaux donnent simplement envie de lâcher un « arrête-toi mec », où d’aller voir ici, mais la plupart sont simplement des petites merveilles de flow, d’écriture et de sincérité. J’ai toujours les même frissons quand j’entend « Paese » ou « Mon Texte, Le Savon », et si Akhénaton n’est pas franc dans ces morceaux alors il se fout magnifiquement bien de la gueule du monde. On pourra dire ce qu’on veut d’AKH, quand on se permet d’écouter Burzum « pasque ouais c’est un nazi, mais pas dans ses paroles », bah on peut bien s’envoyer Sol Invictus, pasque ptètre qu’écouter AKH ça craint, mais en attendant cet album met toujours une bonne grosse baffe.

Pirater cet album!

Ce groupe n’en est pas un, c’est la première chose qu’il faut comprendre, c’est un défi permanent à toutes les notions établies en musique : c’est juste un agrégat d’individu au nombre variable (au dernières nouvelles ils seraient 19 – non c’est pas une coquille.), alors dans ces conditions, la notion d’instrument devient absurde ; c’est juste une formidable expérience, qui réinvente tout. Leur deuxième album laisse, comme une trace de boue sur un canapé, le sentiment d’une jeunesse romantique, optimiste et expansive ; une profonde naïveté se ressent très vite, égalée très vite par un nonchalance et une désinvolture délicieuses. En fait, tout ce qu’il y a de meilleur dans la jeunesse est dans cet album – de grands yeux, un sourire en coin, un pied de nez à tout, sauf à la vie.

Restons Simples

J’aime beaucoup Nostromo, c’est le genre de trucs qu’on peut faire écouter à ses potes réticents au « métal » en étant à peu près sur du résultat : « Arrête ça, c’est horrible ». Ca marche un peu comme Cannibal Corpse ou The Black Dahlia Murder en fait, sauf que Nostromo c’est génial, et que même si on l’a mis pour emmerder le monde, bah on est toujours un peu déçu que personne n’aime. Séparé depuis 2005, le groupe aura eu le temps en 4 albums de jeter un bon pavé dans la mare boueuse du Deathmetal en emmenant son Technical-Brutal-Death/Avant-Garde-Grindcore toujours plus loin, inspiré par Meshuggah ou The Dillinger Escape Plan plutôt que par Last days of Humanity, Vomitary (je ne connais pas, je juge au nom, mais je suis sur que vous aussi) ou autres joyeusetés Grindcore/Brutal Death (D’ailleurs je n’ai jamais compris la différence entre les deux styles, et je suis sur que vous non plus). Au fond on s’en fout pas mal, ces noms évoquent plus un concours de bite type « je joue un genre qui a un nom plus débile que le tien » qu’une classification rigoureuse, et on a pas les cheveux assez longs et la ceinture assez basse pour y participer. On va juste kiffer Ecce Lex, qui, s’il fallait le décrire, ressemblerait à Meshuggah et Napalm Death en train de copuler dans un film de Carot et Jeunet (si si, mais faut écouter pour comprendre). Ça blaste.

Pirater cet album!

Christopher Stephen Clark a.k.a Chris Clark, et depuis 2006 Clark, est un artiste produisant majoritairement de l’IDM sous le prestigieux label Warp. Ceux qui connaissent deja  Clark et son travail auront une surprise de taille en découvrant son dernier album ToTems Flare . En effet un élément qu’il n’avait jamais, ou peut être que très peu, exploité au cours de sa carrière y fait apparition, sa voix. Cet album est composé de titres a la fois entrainants, rythmiques, avec des sons sous distorsion, plein de percussions, de synthé et qui froleront peut être même parfois l’electro, vous donnera de l’énergie et l’envie de bouger.
Si toi petit Fluokid, a hué le grand Clark a la warp/ed sous prétexte que tu n’avais pas assez de grosses basses en plein dans ta casquette et tes nike de toutes les couleurs possibles et inimaginables,  tombe sur  ce sujet, et bien je peux te dire que Clark répondra a tes attente via cet album. Et oui comme quoi l’IDM n’est pas juste « un truc chiant,mou et lent » comme le disent certains…

clark_totems_flaresKent


L’anathème d’une bicyclette a l’allure d’un voyage à travers une nébuleuse. On passe de morceau en morceau comme on traverse les pièces d’un rêve : tout glisse, se transforme lentement et le temps qu’on s’en rende compte, on est déja dans un univers différent. Parfois la rupture choque, comme si on avait trébuché, et le temps qu’on reprenne nos esprits, on est déja frappé par la maîtrise qu’Aaron3000 exerce sur son mix. Soudain, tout s’arrête, on est dans la Classe Américaine, et Orson Wells tape son fameux coup de gueule ; mais c’est pour dire, il ne s’agit d’avoir placé la petite réplique amusante que tout le monde (ou presque) connait (« J’aime pas trop les voleurs et les fils de putes. ») : ça fait sourire, d’accord, mais là n’est pas l’idée. C’est un microcosme de plus qu’on traverse en quelques secondes, et c’est le premier attribut de cette tape : d’une ambiance à l’autre, on voyage pendant un petit peu plus d’une heure, on oublie un paquet de choses, on s’installe au chaud contre les beats envoûtants, les basses traînantes, et tous les univers qu’on visite . Entre une certaine mélancolie, une pointe de belle époque, une multitude de détails sonores et pour parler de paradoxe, un cohérence étonnante pour un mix aussi varié : Aaron3000 démontre son talent et son sens du beau. Cette tape est sublime, écoutez la.

anathemebleu

Servez-vous.

anathemeorange

Et en apéritif.

Ca va faire un mois que j’écoute Zu et je suis toujours incapable de les décrire : c’est sans doute l’un des trucs les plus étranges que j’aie jamais entendu. Les noms de chansons cherchent leur expressivité dans le registre de la matière brute, de la mythologie grecque, germanique ou autres domaines aussi réjouissants. Autant dire alors que l’album porte déja, avant même qu’on écoute le premier morceau, une ambiance des plus morbide. Zu a un gout des temps primitifs et barbares où l’on s’égorgeait à la hache et au sylex, le tout rythmé par le joyeux son des tambours de guerre. Ca sent l’assassinat, le viol et la luxure, la bave, le sang, le foutre et la sueur. Bref, autant dire que pour écouter ce groupe, mieux vaut avoir le coeur bien accroché et pas de couteau à portée de main.

zu Servez-vous.

Et en apéritif.

Après une discussion agitée avec Ranù pour déterminer quel est finalement le meilleur album des Pixies, on en arrive à la conclusion qu’on n’est pas d’accord et que dans tous les cas on ne le sera jamais. Mais comme le dit l’adage : « Quitte à faire, autant faire le contraire », alors j’écris sur son album préféré et c’est peut être un hommage au premier contributeur « off » d’Awaretune. Les Pixies, je dirais c’est l’affaire d’une femme de caractère. On sait que quand une bassiste caractérielle s’en mêle, ça ne passe jamais inaperçu : on connait tous Kim Gordon de Sonic Youth. Sans m’engager dans un essai sur la féminité, l’énergie sexuelle que dégagent celles qui « ont des ovaires » est bien autre que celle qu’on peut trouver chez Oxbow par exemple, il y a une sensualité bien particulière qui se dégage des Pixies, une douce violence qui fait tout le son du groupe. Oui, les Pixies c’est l’affaire d’une femme, celle de Kim Deal (à croire que ce prénom porte quelque chose d’unique) et il y a fort à parier que sans elle le groupe aurait sombré dans un oubli mérité, mais ne pas faire l’Histoire à l’envers. Cet album est fort et puissant, sensuel et sexuel : une basse entêtante, centrale, des guitares entre le surf et le garage, parfois violentes et railleuses, et un batteur qui bat et bat encore, tranquille, sur des paroles simples et entêtantes. Un incontournable en somme.

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Servez-vous

Et en apéritif : petits fours, champagne, curly.