Après deux mois d’écoute incessante de cet album, j’ai eu une envie de le partager au plus grand nombre ! Cette musique va un peu changer les habitudes du blog. C’est un retour aux sources de la musique Londonienne remixé à une sauce 3010. On retrouve des phases qu’on connait maintenant depuis presque 2 décennies, comme la fameuse corne de brume (certes sur papier ça peu faire beauf, mais il la maitrise à la perfection). C’est un mélange subtil (ou pas) de UK garage, de Grime et bien sur de Dubstep. Personnellement je ne m’en lasse pas. Et l’action vaut toujours plus qu’un long discours, donc allez-y vous verrez bien !

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Et la petite vidéo pour découvrir un tout petit bout de cette perle.

Van Jonson est vraiment le genre de type qu’on aime rencontrer en soirée ; le genre plutot sobre, qui est là parce qu’il connaît le pote d’un pote et qui va s’avérer être le seul mec avec qui tu va pouvoir parler musique plus de 10mn. Parce que Van Johnson est cultivé, qu’il a cette aisance pour parler qui te fait te sentir un peu con (et boire beaucoup de bière) et aussi parce qu’il a gardé cette espèce d’énergie révolutionnaire que toi et tes potes avez perdu en entrant dans les études supérieures. Van Johnson, c’est quelque chose comme Myra Lee avec des couleurs (mais pas trop quand même), un screamo trop génial pour être classique. C’est aussi un peu comme une suite d’échanges entre ce passage de génie de Russian Circles (2″12) et Gerda qui aurait oublié d’être noisy. Le tout accompagné par une voix écorchée, un hurlement vif ni guttural ni pleurnichard et souvent relégué au second plan, laissant la place à des compositions de génie entraînées par un son brut et agressif qui mettent Envy et tous les groupes de screamo geignards à l’amende. Pas beaucoup d’artifices pour 7 morceaux tous aussi entrainants les uns que les autres. Demain matin tu retrouveras dans ta poche le numéro de Van Johnson qui est chaud pour jammer avec toi dans la semaine. Ce type est formidable.

Pirater cet album

J’ai passé beaucoup de temps à dénigrer Daniel Johnston et je ne sais même pas comment j’ai décidé d’y jeter vraiment un coup d’œil. J’ai choisi un album au hasard et c’est tombé sur 1990. La pochette – je défie quelqu’un de me contredire – fait indiscutablement partie des choses les plus laides que je n’ai jamais vues. L’album commence a capella, quand on ne connait pas la voix de Daniel Johnston, ça peut paraitre anodin : on attend avec impatience une guitare qui vienne diluer ce grésillement prépubert. Quand elle arrive, on ne sait pas ce qui est pire : sa voix, son sens du rythme inexistant ou son jeu de guitare. On pourrais s’éclater à faire une autopsie qui aurait au moins le mérite de nous défouler et de montrer qu’on a une grosse bite intelligence. Seulement, il y a des jours où je me demande si, pour faire de la bonne musique, il ne suffit pas d’appliquer les recettes reconnues, et quand j’écoute Daniel Johnston, le mot talent prend un sens. Si on prend la peine de ranger ses prétentions, ce qu’on croit savoir sur la musique et qu’on se contente d’écouter – pour une fois – avant d’avoir un avis, un univers unique émerge, quelque chose de vraiment surprenant. Les paroles sont terriblement profondes et crues : on beaucoup souligné la naïveté de D. Johnston mais ça me parait impensable :

Careless soul, Oh heed the morning,
For Your Life will soon be gone
Oh, how sad to face de Judgement
Unprepared to meet thy God.

Ces quelques mots a mi-criés, mi-pleurés, qui donnent la chair de poule – ou Funeral Home où il rappelle gentiment aux membres de son public qu’ils vont tous mourir – suffisent à effacer cette impression. Il y a aussi True Love Will Find You In The End, balade trébuchante qui permet de se souvenir ce qu’au fond est la musique. Etonnante sensibilité et si je n’avais pas peur des représailles, je dirais que c’est une sorte de Johnny Cash lo-fi.
C’est parfois en partant d’une simplicité absolue que l’on engendre les plus belles choses.

Pirater cet album.

Ed Gein, c’est un peu l’inévitable. Comme l’aboutissement de 20 ans de musique extrême, le point sur 20 ans de grindcore qui évolue dans des directions plus ou moins intéressantes. Rien de surprenant dans cet album, puisque ce n’est rien d’autre que ce qu’on est en droit d’attendre à l’heure actuelle. Le grind est technique, maîtrisé; le message est clair est simple, et les paroles de l’album entier tiennent aisément sur une feuille de PQ. Et pourtant tout y est, politique, religion… tout y est quoi ! La basse claque, surprend, la voix défouraille, la batterie blaste, se calme, tout s’alourdit quelques secondes pour repartir encore plus vite, dans une fureur vivifiante qui redonne ses lettres de noblesse au genre, loin des absurdités mal senties d’un Last Days Of Humanity ou d’un Spermswamp. Bien joué les gars, Nick Bullen peut être fier de vous !

Pirater cet album !

Un nouvel album de A Silver Mt. Zion a toujours été un nouveau bout de route ajouté au cheminement de l’abstraction musicale. Partant de là, on a quelques critiques à faire à cet album ; cependant, elles ne sont pas d’ordre stylistique (ou esthétique), c’est plutot que Kollaps Tradixionales cherche à définir, et s’y perd. Parler de cet album, c’est parler de Silver Mt. Zion et là, il y a pas mal de choses à dire.
Ce qu’exprime ASMZ ne saurais être résumé à une tendance, un mouvement ou même une idée principale. Chacun de ses albums est une grande composition abstraite, un constructivisme musical. Avant tout, il y a une lisibilité : le groupe est construit autour d’un noyau de musiciens dans lequel on trouve un leader (Efrim Menuck – guitare, piano, voix et « effets sonores »), un percussionniste (David Payant), deux violonistes choristes (Jessica Moss et Sophie Trudeau) et un bassiste (Thierry Amar). Un line-up plutôt restreint pour un groupe qui, sur le papier, a bien l’air d’une espèce de bouse des années 80. Une fois qu’on pose le vynil sur la platine, on a plus l’impression qu’une horde de sauvages est caché dans la galette.
L’album est un sorte de synthèse, d’introspection sur ce qu’a déjà accompli le groupe. On retrouve les balades dérangées de He Has Left Us Alone but Shafts of Light Sometimes Grace the Corner of Our Rooms (ouais, pas long déjà le nom.), les riffs hurlants d’Horses in the Sky, le jazz oxbowien de 13 Blues for Thirteen Moons, mais aussi les influences du groupe-mère de Silver Mt. Zion. En effet, en tant que membre de Godspeed You ! Black Emperor, Efrim Menuck n’a pas oublié les envolées de Slow Riot For New Zero Kanada et de Yanqui U.X.O, ni la démence de F♯A♯∞. Kollaps Tradixionales a une parenté, et il sait s’en servir.
L’album ouvre sur une sorte de prière mélancolique qui commence doucement et pose l’un des sentiments caractéristiques du groupe : une sorte de mélancolie pleine d’espoir, car ASMZ est aussi un combat, une vision des choses, et la musique permet de transcender ces sentiments, de les élever au dessus de la notion d’individualité d’un groupe. Ce ne sont plus les musiciens qui s’expriment, ni Efrim qui chante, c’est la musique qui dit. Pas le temps de renifler et viens le couple I Built Myself A Metal Bird/I Fed My Metal Bird The Wings Of Other Metal Birds : thême hautement agressif qui rappelle qu’effectivement, on est pas là pour rigoler. Envolée électrique à la semi-métaphore assez explicite, ASMZ n’oublient pas ce pour quoi ils se battent, ce qu’ils détestent, la voix d’Efrim est plus criarde que jamais et le groupe se tourne vers une musicalité plus punk, les violons se déchainent et la deuxième partie commence en suspens avant de revenir tranquillement au thème de départ, épileptique, nerveux comme jamais ; un putain de hurlement. S’ensuit deux ballades qui flottent sans volonté, un filet de bave d’un chien à moitié mort, émouvante et pourtant en rupture avec le reste de l’album, un sorte de trou, un beau trou, un trou quand même. Bury 3 Dynamos reprend le déchainement électrique et on retrouve ces parties où la voix est seule, en suspens, et s’abat implacablement au rythme des tambours, hurle son mal-être, quelque chose de presque générationnel et si différent. La basse permet au tout de décoller, et de retomber lourdement, avec violence, fait table-rase. On sent des yeux écarquillés qui percent à chaque phrase, des bouches qui hurlent, le déchainement d’un non-espoir, insurmontable. Le final vient, Piphany Rambler, vision éthérée et presque résignée :

Lay in the fire a while,
Lay in the fire a while,
Lay in the fire a while,
Lay in the fire a while.

Kollaps Tradixionnales est un album sublime, inspiré, toujours aussi poétique, mais quelque part, on reste sur sa faim et sur l’impression d’un groupe qui est victime de ses trouvailles, peut-être que ASMZ a perdu la foi en quelque chose et que c’est cette chose là qui manque.

Piratez cet album!