Avant Broken Social Scene, il y avait K.C. Accidental, deux mecs a l’air sympathique qui malgré quelques accents de ce que deviendra BSS, nous propose une ambient complètement à part, rythmée avec brio ; du Rock dissout dans quelque chose de doux, un brin mélancolique. Un soupçon de chant, toujours délicat, se pose sur une batterie aux rythmes lancinants et entêtants. Quelques instruments diffusent leur mélodies, toujours belles, en arrière-plan ; transformant ces balades instrumentales en un rêve charmant, éthéré – surprenant. Ça sent l’herbe fraiche et pas coupée, une après-midi au bord de l’eau et K.C. Accidental -avalé peut-être trop tôt par Broken Social Scene – nous ravit.

« Que vienne le temps où les âmes s’éprennent »

Einstürzende Neubauten, tombé comme par magie entre mes mains.

Electronica industrielle menée par une voix à tomber par terre, s’abattant, sans concessions,  telle une une énorme enclume. Menés par les musiciens qui ne font pas seulement semblant d’être bons, on se laisse porter le temps de ces 14 chansons, aussi déroutantes qu’envoutantes. Les allemands (vous l’aurez deviné) originaires de Berlin-Ouest, construisent leur flot sonore industriel à partir de sons d’objets les plus variés, qu’il s’agisse de perceuses ou de bétonnières, alliant sonorités rugueuses à une rythmique implacable et des ambiances malsaines. En ressort une formidable tension, parfaitement incarnée par la voix de Blixa Bargeld, (accessoirement musicien pour Nick Cave) qui mène ce jeu décadent avec une nervosité acérée, un anarchisme palpable et un certain quelque chose de désespoir qu’il hurle, s’arrachant la gorge. On reste sur le cul, lessivés, par cet album qui a 30 ans et qui a l’air plus jeune que jamais.

Port du casque obligatoire

Dans la nébuleuse grandissante du post-rock, il y a finalement peu de groupes qui savent véritablement s’affranchir des règles. Yndi Halda, nouvelle découverte d’absolue énergie musicale, de transcendance – puisqu’il faut employer les grands mots – appelle une expression dithyrambique. Le groupe propose un éventail de décollages doux et de denses explosions, murs du sons qui s’abattent chaudement ; gardant toujours une texture propre, d’une originalité réjouissante. Hors des recettes, des facilités du genre, Yndi Halda (« jouissez du bonheur éternel ») porte terriblement bien son nom. Une ode à la vie et à l’énergie qui fait monter les larmes au yeux. Au fond, on ne choisit pas de faire une musique comme du post-rock, c’est quelque chose qu’on porte en soi, quelque chose qu’on extirpe difficilement et qui vous laisse à moitié mort ; autre, en somme. Il n’y a pas de mot, justement, pour qualifier ce que ces cinq garçons ont sorti de leurs tripes, mais il y a un album de quatre pistes, et pour passer à côté, il faut vraiment être con.

Va pour le bonheur.

Parce qu’il est toujours plus facile de jouer la provocation, ça fait longtemps que j’ai envie d’écrire sur St Anger en l’annonçant comme de loin le meilleur album de Metallica. Évidemment, c’est un peu facile de préférer cette tache au reste de leur discographie quand on est pas du tout fan du groupe à la base, mais c’est aussi un sujet de débat jouissif à lancer quand un ange passe à une table de buveurs de bière chevelus. St Anger, c’est l’album de la rédemption pour ce bon vieux James Hetfield (aujourd’hui Straight Edge convaincu) qui termine sa cure de desintox et qui du coup semble un peu plus inspiré que d’habitude (ou du moins creuse un peu les thèmes de ses chansons). C’est aussi le baptême du feu de l’ex-Suicidal Tendencies Robert Trujilio, qui offre à tous les bassistes en culotte courte une leçon en forme de coup de pied au cul à chaque morceau. Et surtout, c’est une sorte de monument à la gloire du jeu de Lars Ulrich qui donne l’impression d’être frustré par le son de sa batterie, si bien qu’il essaie de la détruire encore et encore tout en restant dans le tempo. Un son plus proche de l’assemblage de casseroles et autres ustensiles de cuisine que de la batterie, qui restera un des principaux arguments négatifs des puristes à l’égard de cet album. Et pourtant on a rarement entendu aussi massif dans du Metallica, le tempo est battu avec une frénésie complètement bestiale et un son ultra métallique qui donne à l’expression « futs » tout son sens. La rythmique des guitares est un peu plus habituelle, énormes riffs qui feront trembler n’importe quel scooter quand vous passerez en camion à côté de lui, vitres ouvertes et bras tatoué accoudé à la fenêtre; les structures sont elles un peu plus surprenantes, puisque la classique couplet/refrain/couplet/refrain/pont ne laisse plus de place aux solos : la prise de risque qui est en fait LE coup de génie de cet album, mais qui fera également passer ses défenseurs pour des gros cons illettrés qui ne comprennent visiblement rien à la musique. Rajoutez à ça que l’album est exempt de ballades pleurnichardes façon Nothing Else Matters ou The Unforgiven, et vous vous mettez à défendre l’hérésie la plus jouissive de l’histoire du métal. Pourtant il aurait suffit de lire les paroles du single St Anger pour voir que 10 phrases scandées sont bien plus fortes que n’importe quelle power-ballade, mais il faut croire que finalement c’est pas tant la violence qui plait au gonze metalleux.

PS : Ne manquez sous aucun pretexte le formidable reportage sur l’enregistrement de cet album, Some Kind Of Monster.


Pirater cet album !