J’ai reçu une newsletter de indian queen records, modestement signée « jon…I do the recording project silent land time machine. »

Et je me suis dit, avant qu’il sorte son deuxième album, qui tourne clairement drone arythmique, il faut avoir entendu le premier, &hope still.

Parce qu’il est vraiment unique. Je ne crois pas qu’il y ait un seul projet musical qui crée le même genre d’ambiance. Everything goes to shit résume un peu tout, c’est « le seul morceau qu'[il] avait vraiment en tête quand [il] a commencé à enregistrer ». Donc attendez vous à un mélange d’électroniques, d’accordéon, de violons et de voix inarticulées qui jouent des mélodies de deux ou trois notes sur un rythme bien constant. C’est la plupart du temps un jeu de superposition de pistes, une texture dense qui grossit.

Et le résultat : quelque chose de directement accrocheur ; joyeux avec la classique touche mélancolique ; simplet, anti-épique, un peu cheap. Et puis, bon, unique.

silent land time machine – &hope still

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Attention, grosse grosse bombe.

Shpongle est sans doute l’une des meilleurs formations que la musique électronique n’aie jamais connu. Et pour peu, puisque c’est Simon Posford (aka Hallucinogen) et Raja Ram (The Infinity Project) qui tiennent la barre. Pour ceux qui ne les connaissent pas, ces noms figurent parmi les champions de la scène goa trance des années 90.

La collaboration autour du projet Shpongle remonte à 1996, lorsque les deux hommes visionaient une éclipse en Inde. Ils eurent alors l’idée d’en retranscrire l’experience en musique: Shpongle était né. Considérés comme les chefs de file du mouvement psybient, le duo mélange dub, ambient et autres sonorités world pour une carrière sans faute (3 premiers albums devenus des classiques) pendant dix ans.

Sorte de groupe psychédélique ultime, l’auditeur en prend plein les oreilles du début jusqu’à la fin ; que se soit la voix vocodée de Raja Ram qui répète « My head feels like a frrrriiiiizzzzbeee », les passages rythmiques façon salsa ou encore les samples récupérés de la jungle indienne, tout est bon pour vous en faire entendre de toutes les couleurs (il n’y a aucune intéruption entre les morceaux, tout se déroule comme s’il sagissait d’une seule piste). Ne comprenez pas mal! Il ne s’agit pas forcément de musique de drogués, mais plutôt de musique mieux appréciée sous l’effet de drogues. Même les pochettes d’album décalquent la tronche: des petits bijoux graphiques qui contiennent plein de détails microscopiques!

Bref, je vous laisse avec le deuxième album sorti en 2001. Les chefs d’oeuvres qui atteignent de tels niveaux de qualité sont rares, en voici un. Avec ce projet, Simon Postford a réussi à montrer qu’il en avait encore plus dans le ventre que ce que l’on pensait déjà. Bon trip.

Track 05 – My head feels like a frisbee

ओम शान्ति!

Longue transe interrompue seulement quelques minutes pour un hommage à John Peel (JPRIP) – dont la voix caquetante me tirera toujours un sourire – l’album se révèle pas à pas, avec patience – flux et reflux de notes délicates. Chaque chanson est un pas de plus, seulement un pas de plus, qu’il convient de gouter avec paix. Expérience minimale, qui avec la classe de Mary Poppins, tire la moitié du monde d’une seule note.

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Les villes, les capitales, les mégalopoles d’aujourd’hui apparaissent tentaculaires, clignotantes ; elles vibrent, agressives et anthropophage, nous entourent -et évidemment- nous dévorent. Il me semble que l’ambient (puisqu’il faut lui donner un nom) aie pour sujet la fuite de cette ville là. Pas loin de Ben Frost et de son Theory Of Machines, Tim Hecker possède quelque chose d’une recherche de contemplation, complètement anachronique. Haunt Me, Haunt Me Do It Again, laisse l’agressivité ambiante se dissoudre dans le non-objet, trouvant dans son esprit un refuge à la folie toujours contemporaine, comme Sophie Taeuber en 1917 : d’ailleurs, comment ne pas rapprocher ce qu’Hecker appelle « cathédrales sonores » avec ce que la dadaïste suisse appelait « architecture de lumière »? C’est surement en cela que consiste la magie de cette musique abstraite qui n’a finalement rien d’une musique d’ambiance : elle nous propulse dans l’absence de temps. Tim Hecker nous touche vraiment : ses mélodies sont authentiquement belles, curieux dans ce genre. Éthérée, toute cette beauté a le gout du fragile, chaque note se savoure : elle partira vite. Ce n’est que vibrations, frottement délicats, claviers doucereux ; du PVT (anciennement Pivot) au ralentit, Boards of Canada qui ne décollerait pas. Une joie du sauvage, d’une paix retrouvée, de l’harmonie des siècles vides.

Rodrigue et Philippine boivent des coups et se foutent de ma gueule.

Avant Broken Social Scene, il y avait K.C. Accidental, deux mecs a l’air sympathique qui malgré quelques accents de ce que deviendra BSS, nous propose une ambient complètement à part, rythmée avec brio ; du Rock dissout dans quelque chose de doux, un brin mélancolique. Un soupçon de chant, toujours délicat, se pose sur une batterie aux rythmes lancinants et entêtants. Quelques instruments diffusent leur mélodies, toujours belles, en arrière-plan ; transformant ces balades instrumentales en un rêve charmant, éthéré – surprenant. Ça sent l’herbe fraiche et pas coupée, une après-midi au bord de l’eau et K.C. Accidental -avalé peut-être trop tôt par Broken Social Scene – nous ravit.

« Que vienne le temps où les âmes s’éprennent »

Dans la nébuleuse grandissante du post-rock, il y a finalement peu de groupes qui savent véritablement s’affranchir des règles. Yndi Halda, nouvelle découverte d’absolue énergie musicale, de transcendance – puisqu’il faut employer les grands mots – appelle une expression dithyrambique. Le groupe propose un éventail de décollages doux et de denses explosions, murs du sons qui s’abattent chaudement ; gardant toujours une texture propre, d’une originalité réjouissante. Hors des recettes, des facilités du genre, Yndi Halda (« jouissez du bonheur éternel ») porte terriblement bien son nom. Une ode à la vie et à l’énergie qui fait monter les larmes au yeux. Au fond, on ne choisit pas de faire une musique comme du post-rock, c’est quelque chose qu’on porte en soi, quelque chose qu’on extirpe difficilement et qui vous laisse à moitié mort ; autre, en somme. Il n’y a pas de mot, justement, pour qualifier ce que ces cinq garçons ont sorti de leurs tripes, mais il y a un album de quatre pistes, et pour passer à côté, il faut vraiment être con.

Va pour le bonheur.

Bienvenue dans les méandres du drone et du dégueulasse. Khanate, c’est le moment où l’auditeur moyen, attiré par les robes de prêtre de Sunn O))) plus que par leur son, fanatique du groupe sans jamais avoir eu le courage d’en écouter un album en entier (mais dont on admire l’ouverture d’esprit) s’arrête, craque désespère. Khanate, c’est fondamentalement sale et moche, mais jamais boueux ni visqueux parce qu’on ne connait déjà ce crade là que trop bien. Things Viral est plus quelque part entre sec et pourri; ce sont ces notes de guitares, claquantes, étonnamment fréquentes pour un groupe de drone/doom (comprenez 4 ou 5 par minute). Notes qui montent, on attend un départ, une explosion dans la musique, et on entend rien d’autre que cette voix qui hurle depuis un trou sans fond. Une voix déchirée, complètement rauque, sans effet aucun, naturellement malsaine. Khanate, c’est le supergroupe de Stephen O’Malley, l’un des deux prêtres de Sunn, de James Plotkin (ex-Scorn), de Tim Wyskida du très inégal Blind Idiot God et de leur pote Alan Dubin. Tout ce monde pour un album sans concession, oppressant du début à la fin. Bon courage !

Pirater cet album

Pour moi Mono, ça avait toujours été ce mélange de tremolos, de violons et de beaucoup de mélancolie qui marche si bien dans Hymn To The Immortal Wind. Certainement parce que j’avais jamais été plus loin que cet album, qui n’appelle pas tellement à écouter le reste tant il est abouti, tant rien ne pourrait l’égaler. Sauf que Mono n’a pas toujours pris cette direction, et que One Step More And You Die a été une claque encore plus grosse. Si cet album pose les bases de ce qu’on connaît déjà des japonais, il n’hésite pas à explorer d’autres espaces, plus occidentaux; on a très souvent l’impression d’être dans un album de Mogwai, la recette est similaire : montées en arpèges calmes pour préparer des explosions en puissance qui ne font plus ressentir grand chose à grand monde parce qu’on les connait toutes par cœur. Or c’est là que Mono arrive à faire exploser ses morceaux sur des phases complètement Post-Metal que Neurosis ne renierait pas. La basse est malsaine, les lents accords de guitare ultra lourds sont posés sur une batterie martiale dans un ensemble qui vous écrase encore et encore, à des kilomètres des ambiances contemplatives et enneigées dont on avait l’habitude. Sans parler du volume auquel on est supposé écouter ces morceaux si on tient compte de l’amplitude entre les parties calmes (au volume ridiculement faible) et les passages les plus violents (monstrueusement fortes). One Step More And You Die, ça pourrait ressembler à un cri du groupe pour montrer à quel point ils maîtrisent tout les plans du Post-Rock. Et après cet album, plus possible de ne pas les prendre au sérieux.

Pirater cet album!

Supersilent – 6

23/03/2010

Je crois que c’est la prod de Helge Sten qui fait tout. Deathprod et son « audio virus », son lot d’effets, de bidouillages et d’instruments électroniques en tous genres. C’est ce qui fait que le son supersilent accroche autant, malgré son minimalisme et son « silence » parfois quasi complet.
Et il y a aussi de ça. Ce minimalisme et la musicalité des quatres norvégiens qui donne un côté quasiment composé aux pistes.
Un de ces groupes qui donne un peu l’effet coupé du monde, je crois. On est vite plongé dans leur « univers ».

Signés sur Jazzland, leurs neuf enregistrements, numérotés de 1 à 9 (ils jouent pas mal dans la sobriété), ont pris des directions différentes, comme c’est souvent le cas avec les groupes d’impro. Toujours minimalistes, ils gagnent un aspect plus ambient à partir du 5. Le 6 est beaucoup plus electro-jazz (il y a carrément un beat à un moment). 6.1 reste pour moi « le tube » qui résume l’expérience supersilent et le côté un peu post-rock du 6.4 me plait bien.
J’avais commencé avec 5, tellement plus « vide » mais prenant et déstabilisant, la trompette d’Arve Henriksen survolant des ambiances électroniques insinuant de-ci de-là des minis glacis mélodiques.

L’entrée en matière

Leurs débuts étaient beaucoup moins en finesse.