Einstürzende Neubauten, tombé comme par magie entre mes mains.

Electronica industrielle menée par une voix à tomber par terre, s’abattant, sans concessions,  telle une une énorme enclume. Menés par les musiciens qui ne font pas seulement semblant d’être bons, on se laisse porter le temps de ces 14 chansons, aussi déroutantes qu’envoutantes. Les allemands (vous l’aurez deviné) originaires de Berlin-Ouest, construisent leur flot sonore industriel à partir de sons d’objets les plus variés, qu’il s’agisse de perceuses ou de bétonnières, alliant sonorités rugueuses à une rythmique implacable et des ambiances malsaines. En ressort une formidable tension, parfaitement incarnée par la voix de Blixa Bargeld, (accessoirement musicien pour Nick Cave) qui mène ce jeu décadent avec une nervosité acérée, un anarchisme palpable et un certain quelque chose de désespoir qu’il hurle, s’arrachant la gorge. On reste sur le cul, lessivés, par cet album qui a 30 ans et qui a l’air plus jeune que jamais.

Port du casque obligatoire

Comme me l’a fait remarquer un certain phil, quand je parle d’un beatmaker a tendance dubstep, quasi-systématiquement j’ajoute l’adjectif « C’est l’avenir du dubstep ». Avec l’album de cet excellent duo londonien, mon tic devient réalité. Les deux acolytes sont au minimum une décennie devant nous. Et c’est bien pour ça que je trouve très peu de monde qui appré… Adorent cet opus autant que moi. Si par dubstep vous entendez une énième copie de benga, skream, kromestar, ou pire « Rusko », malheureusement vous faites fausse route. Rappelez vous qu’il s’agit ici de l’avenir, du « future », et avec ça le label Hyperdub ne plaisante pas. Déjà loin devant avec les deux albums de Burial et une multitude d’EP’s, il est maintenant projeté a des années lumières de la sphère musicale anglaise. C’est exactement le ressenti qu’on a lorsque l’on perçoit les première rythmiques, on se retrouve rapidement en train de planer au dessus de l’océan de solaris, c’est reposant, calme, mais en même temps angoissant et inquiétant. Tout comme Tarkovsky avec son cinéma, ils nous poussent a une introspection avec leur musique. La voix de Spaceape est là, nous suivant dans notre périple, tel un guide spirituel, il est notre dernier rapport à la réalité, il nous empêche de perdre pied et de tomber dans les abîmes de la folie. Certes ma description peut faire peur et en refroidira peut être certains sur cet album, mais sachez que quelques chefs d’oeuvres ne se laissent pas atteindre facilement et c’est à nous de fournir l’effort pour les comprendre. Ecoutez le et vous « le » comprendrez peut-être.

http://musicophiliadaily.files.wordpress.com/2009/05/kode-9-the-spaceape-quantum.jpg

Bonne Chance

01. Glass
02. Victims
03. Backward
04. Nine
05. Curious (Featuring Ms. Haptic)
06. Portal
07. Addiction
08. Sine
09. Correction
10. Kingstown
11. 9 Samurai
12. Bodies
13. Lime
14. Quantum

Pour décoller tranquillement : 9 Samurai

Ça me fait le même effet à chaque fois que je lance cet EP : You Left Us Here est profondément vicieux. On commence cette piste unique de 17 minutes avec une intro qui sonne comme du Oxbow dégénéré, pour enchaîner sur on ne sait trop quelle interprétation tordue de Neurosis. Puis le morceau se lance réellement, un quart d’heure de Hardcore lent, lourd, gras, qui pue l’essence et vous plonge la tête dans la boue. Tout le Hardcore est éviscéré dans Comity, qui prend un malin plaisir à retourner les tripes du genre et à les étaler sur la table pour vous en faire sentir l’odeur, un des trucs les plus malsains que vous ayez jamais respiré. On pourrait presque dire que Comity est au Hardcore ce que Blut Aus Nord est au Blackmetal si la sensation était la même. Mais là où le groupe de Black vous donne un étrange malaise et une position quelque peu inconfortable, Comity a plutôt quelque chose de profondément dérangeant, avec cette voix rocailleuse qui hurle de bout en bout, quelle que soit la musique qui l’accompagne (la voix ferait penser à celle d’Attila sur « De mysteriis dom Sathanas », le style « jme force à faire evil et j’ai l’air assez con » en moins.) Difficile d’expliquer à quel point la musique de Comity est proprement déstructurée, c’est comme si un enfant de 5 ans arrivait à faire un poulpe grand comme sa chambre en lego avec les pièces d’un camion de pompiers, d’un commissariat et d’une ferme; tout s’enchaine à la perfection, on est jamais vraiment surpris, et pourtant pris au dépourvu à chaque variation; cet album aide un peu plus la France à montrer qu’elle sait très bien se tenir loin des clichés en matières de métal, et trouvera parfaitement sa place au rayon « je fais rire mes potes avec mon metal d’intello », entre Nostromo et Deathspell Omega.

Pirater cet album !

De la profondeur insondable du temps, un murmure s’élève, grave, s’enroule dans les râles d’une création inarticulée. La voix se fait plus intense, voile, parfois se change en cri, et toujours le dense flot s’avance en fumée épaisse d’un feu de camp au milieu du désert. Depuis les premières notes, vous n’êtes plus personne, il y a juste cette voix qui martèle encore au milieu des ronronnements profonds des guitares de Sunn O))).

« Stand in the thrall of my tidal wall »

La musique n’est plus un élement, on devient à présent ces accords, on résonne et on laisse derrière nous toute matérialité, on est plus que le souffle de la vie sortant des ages, la formation de l’énergie, lévitant et pour toute lumière des mots ardents et acérés.

Ce n’est pas un cauchemar, ni un rêve et la beauté est une inconnue quand la création décide de s’attaquer au cœur du monde. Un monolithe : White 1.

Mais les bourdons reprennent et une voix débile prend le relais, récite, chantonne une sorte d’incantation inarticulée, s’arrête enfin. Une guitare au son assourdissant martèle jusqu’aux larmes, alors que la batterie prend des airs de Folie. L’ensemble est méchant. Le bourdon laisse resonner son râle un moment et entamme une litanie presque insupportable. Le ciel s’emplit de feu. C’est comme un long bras qui sort de terre pour vous écraser le crane, et la batterie, dans son absurdité démente prend des airs vraiment insolents, des atours d’essaim de mouches, assorties de leur puanteur rituelle. La danse macabre se change en résonnement unicorde et on prend conscience que dix minutes ont passées déja. Dans un abandon complet, le rituel reprend.

Troisième mouvement de l’album. L’ambiance se pose differemment, les bourdons toujours et toujours cete angoisse mortelle. A présent, l’attente a des airs de descente, sorte de marais humide où l’on aligne chaque pas lentement et avec précaution, la suscion de la vase qui cherche à s’emparer de nos bottes. La dérive des herbes indeterminées sur ce suintement : l’eau trouble et verte et croupie. Une respiration sale et rauque, parfois léger gémissement, accompagne en crissant, notre éternel compagnon de dérive. Bulles qui éclatent sur des peaux tendues, une odeur de boue, des os en métal et tout est très chaotique.

Servez-vous.

Ca va faire un mois que j’écoute Zu et je suis toujours incapable de les décrire : c’est sans doute l’un des trucs les plus étranges que j’aie jamais entendu. Les noms de chansons cherchent leur expressivité dans le registre de la matière brute, de la mythologie grecque, germanique ou autres domaines aussi réjouissants. Autant dire alors que l’album porte déja, avant même qu’on écoute le premier morceau, une ambiance des plus morbide. Zu a un gout des temps primitifs et barbares où l’on s’égorgeait à la hache et au sylex, le tout rythmé par le joyeux son des tambours de guerre. Ca sent l’assassinat, le viol et la luxure, la bave, le sang, le foutre et la sueur. Bref, autant dire que pour écouter ce groupe, mieux vaut avoir le coeur bien accroché et pas de couteau à portée de main.

zu Servez-vous.

Et en apéritif.

Derrière leurs airs d’existentialistes canadiens un brin anarchistes sur les bords, Fly Pan Am est clairement l’un des meilleurs groupes de Constellation. Alors que les titres des chansons annoncent un pseudo-projet d’avant-garde prétentieux à la Jeff Koons, on se retrouve vite en plein délire instrumental à mi-chemin entre la folie et le divin. C’est entrainant, rugueux au début, et très vite on plonge dans l’atmosphère de débris bleus et de parapentes troués, mais pas d’inquiétude, Fly Pan Am nous rattrape toujours à temps et nous fait comprendre avec son éternel sourire ironique, qu’on n’a pas saisi grand chose à la musique avant d’écouter cet album.

fly pan am ceux qui invententConnaître.

La premiere fois que j’ai entendu parler de Blut Aus Nord, c’etait dans un vieux Hard’N’Heavy (RIP) taxé à un pote. A l’époque on ne connaissait ni la nationalité, ni le nombre de membres, ni quoi que ce soit sur le groupe. On savait juste que le prochain album s’appelerait MoRT, que le groupe en était a son 6eme album et que les puristes du BlackMetal ne lui disaient pas merci. Apres avoir démontré une parfaite maîtrise du genre en 2001 avec The Mystical Beast Of Rebellion, véritable démonstration True BM (40 minutes quasiment ininterrompues de blastbeats/hurlements/triples croches : magistral), l’entité Black entame une déconstruction du genre; les rythmiques perdent leur sens, les guitares leur harmonie, la voix se fait irrégulière. On tombe dans un mix Black/Postcore/Indus, sale, coulant, et complètemment novateur. Puis arrive MoRT, appogée du genre Blut Aus Nord; l’écoute attentive de chaque morceau resulte souvent soit en un agacement profond, soit en une envie de vomir marquée; plus on se concentre sur un instrument et plus on se perd, c’est du Meshuggah transcendé et appliqué au BlackMetal. Sauf qu’ici on est plus dans le malaise que dans la folie, comme si on avait les yeux fixés sur une scène bien malsaine, genre Orange Mécanique la première fois à 13ans. Aujourd’hui le groupe se calme, retourne vers un Black plus classique et donc super frustrant; on connaît leur nombre, leur identité et leur nationalité, du coup y a presque plus de mystère, et c’est vachement moins rigolo. Tant pis, de toutes façons la MoRT dure 3 ans, après il ne reste souvent plus grand chose…

Pirater cet album!

La violence ne réside pas toujours dans le volume, la rapidité de jeu ou même le nombre de larsens qu’on fout dans un morceau. Alors qu’Oxbow pose une ambiance jazz-rock rythmée qui au premier abord semblerait presque « sympathique », les quatres lascars de San Francisco balancent l’un des sons les plus violents qu’on puisse entendre aujourd’hui. Eugene Robinson, armoire testostéronée, incarne toute la force du groupe, c’est dire que, mis à part le fait que le chanteur écrive des bouquins autour de l’idée réjouissante de défoncer la gueule de son prochain, qu’il étrangle au moins un fan par concert et crâche sur son public, peu d’atmosphères musicales sont aussi profondement violentes que celle d’Oxbow. Elle va puiser plus loin que beaucoup d’autres, peut-être au fond de notre inconscient à chacun, dans les parties les plus sombres de l’homme ; et nous pauvres auditeurs de tordre nos doigts jusqu’à s’en pêter les jointures, de se tortiller et d’hurler même parfois, de frapper dans les murs. Alors, quand on a écouté The Narcotic Story, on comprend que celui qui a la mauvaise idée de mettre sa gorge dans les mains du chanteur ait du soucis à se faire.

oxbowVous êtes seul responsable des effets secondaires.