#Chainfree

27/10/2012

Il est interressant de voir comment la musique évolue a travers les ages et de constater a quel point elle aime répéter les mêmes cycles à chaque fois.

Petit retour en arrière: années 80 – l’electro-boogie, les sons synthétiques de la new wave et le freestyle enflamment les dancefloors de l’époque et permettent aux breakdanceurs de s’épanouir sur des musiques essentiellement composées pour la dance. Sur MTV, les stars noires cherchent à montrer un style luxueux, plein de fourrures, bijoux et autres coiffures extravagantes. Les themes abordes dans les chansons sont soit superflus, légers voire complètement abstraits. Les thermes « soul » et « R&B » deviennent synonymes de grandes nappes synthétiques accompagnées de mélodies a tendance émotionnelle sur piano.

Puis vont arriver deux noms qui vont tout chambouler: Public Enemy et N.W.A. Ces deux groupes vont ramener les pendules du R&B et du freestyle à l’heure et lancer une musique beaucoup plus dure et terre a terre qui prend toute la presse musicale et les critiques de revers. Pas d’ornements, aucune mélodie synthétique, pas de pianos qui s’envolent. Non, eux ils préfèrent les basses lourdes et les samples agressifs. On attaque la police, on reste dans la rue et la réalité quotidienne. Thèmes abordés dans les textes? La confrontation politique (Public Enemy), le nihilisme barbare, le sexe cru et le machisme (N.W.A).

Sans aucune pub ni l’approbation d’MTV, l’album « Straight Outta Compton » de ce même groupe s’est vendu en 3 millions exemplaires.

Voici pour la petite parenthèse historique. Mais aujourd’hui nous sommes en 2012 et les choses ont bien changé depuis. Le gangsta rap et le conscious hip hop se sont bien établis et ont même connu diverses mutations et autres succès. Mais que reste-t-il aujourd’hui de cette lancée entamée par Dr Dre et autres Chuck D il y a 20 ans? Bien, d’un coté on a le swag, style orienté plutôt club primant la frime et les fringues. Les thermes abordés et les instrumentales synthétiques utilisés rappellent beaucoup les dérives du freestyle des années 80. De l’autre on a la Trap et la mégalomanie de mecs comme Rick Ross. Ah oui, et on a aussi Wiz Khalifa qui s’enfume la gueule a la weed devant sa webcam.

Bref, tout ça pour dire que la fin des années 2000, la démocratisation d’outils de production musicale tels que fruity loops et la crise qui l’a accompagnée a aussi vu la soudaine apparition d’une armée de beatmakers qui, tels des bluesmans du 21eme siècle, sont venus chercher leur deux-sous en vendant des beats sur internet. Certains ont même réussi à se trouver une personnalité musicale innovatrice.

C’est en ces beatmakers de cette nouvelle personnalité que je pose désormais mes espoirs en terme de musique rap. Et parmi eux, #Chainfree pourrait en être l’exemple le plus notable et visible.  Producteur discret mais au talent palpable, son son puissant et totalement déstructuré ne laisse pas beaucoup d’indifférents. Son style correspond exactement à l’idée que les gens devraient se faire lorsqu’ils entendent le mot « Trap music ».

Cliquez ici pour accéder au profil soundcloud de #Chainfree

Mais assez parlé, voici un interview exclusif de la personne:

  • Brève présentation pour ceux qui ne te connaissent pas?
  • #Chainfree – Dareous Aka Chain Free. Né et grandi a Atlanta. Certaines personnes aiment m’appeler Dirdy D.
  • Quand et pourquoi as-tu commencé à produire de la musique?
  • #Chainfree – En Janvier dernier. J’ai toujours été un passionné de musique, je faisais du rap au départ puis ça m’a vite mené vers la le domaine de la production.
  • Tes origines sont dans le hip hop. Quels artistes/labels t’ont le plus influencé dans ce genre?
  • #Chainfree – Suave House, The Dungeon Family et Death Row sont les labels qui ont joué  la plus grande part dans mon intérêt pour la musique. Parmi mes artistes préférés il y a 2pac, Tha Dogg Pound, Outkast, UGK, The Firm, Ice Cube, 8ball & MJG. J’ai grandi avec ces artistes, ils ont joué une influence majeure dans ma route vers la production. Ah oui, Too Short aussi.
  • Cool. Comment ton talent musical a-t-il évolué à l’époque? (rap comme production) Faisais-tu partie d’un crew?
  • #Chainfree – Je faisais (et fais) toujours partie d’un crew appelé GBO (aka Georgia Boy Outlawz). Ma technique a évolué grâce aux essais et aux erreurs. J’ai acheté mon propre micro, qui en fin de compte m’a mené vers le mix de voix et d’instruments et le domaine de la production.
  • On dirait que tu ne produit que des instrumentaux en ce moment. Penses-tu des fois à y rajouter de la voix? (sauf pour le morceau « Fuck that talking We Swanging » bien sur)
  • #Chainfree – En fait je travaille sur une mixtape en ce moment (exclusivement produite  par moi et en collaboration avec divers artistes). Je ferais quelques apparitions sur le projet lui-même, mais je serais principalement derrière la scène en ce qui concerne le processus de production/mix/mastering. Pour l’info j’avais fais le morceau « Fuck that talking » pour mon meilleur ami. Je travaille aussi sur un projet solo avec lui. Voici une mixtape que j’avais enregistrée au début de l’année: http://www.datpiff.com/-chainfree-mixtape.338290.html Essentiellement un outil de promotion et d’amélioration de mes techniques  de mix/mastering.
  • Tu dis être un passionné de musique. Est-ce grâce à ton environnement familial ou tu es juste allé cherché des sons par toi même?
  • #Chainfree – C’était personnel. J’étais allé en université d’administration en entreprise. Ca a toujours été un but à long terme pour moi d’ouvrir ma propre boîte de diffusion artistique.
  • Quand est-ce la première fois que tu as entendu parler de soundcloud? Avais-tu déjà fréquenté une autre communauté internet auparavant?
  • #Chainfree – Il y a environ un an. J’ai décidé de m’y mettre une fois que j’ai vu comment c’était simple et facile à utiliser. J’avais aussi essayé Soundclick avant ça, mais je ne l’avais senti aussi utile.
  • On dirait qu’avec un le film snow on da bluff, des nouveaux artistes comme Trouble et une petite flopée de producteurs éparpillés à travers soundcloud sont entrain de créer un nouveau son à Atlanta, différent de la Swag culture qui a pris le reste du pays (de ce que je vois et entends tout du moins). Tes pensées là dessus? Es-tu en contact avec quelqu’un?
  • #Chainfree – Tu parles de trouble DTE et Alley Boy? Ouais, ils ont définitivement créer un gros buzz dans la ville. Quelques artistes m’ont contacté mais je ne suis arrivé à aucune forme de contrat que j’aurais confortablement envie de signer. Je préfèrerais y mettre plus de travail et prendre le chèque que je mérite car je cherche à rester indépendant, bien que je sois toujours ouvert pour des collaborations.
  • Tu penses organiser tes morceaux en EPs/albums ou individuellement ça marche bien pour toi?
  • #Chainfree – J’ai quelques autres projets sur le côté. Pour l’instant je suis plus concentré pour promouvoir/mettre en valeur ma versatilité en tant que producteur. J’expérimente et cherche à voir quels sons l’audience trouve intrigants.
  • Quel équipement tu utilises pour produire ta musique? Quels sons en particulier définissent mieux ton style?
  • #Chainfree – J’ai utilisé FL studio pour le composer. Avec un variété de librairies d’instruments. Ableton live pour faire un mixage rapide. J’ai un mpc akai aussi mais je ne l’utilise principalement que pour le but de mixer.
  • Il semble que tu aimes aussi varier tes styles. De la trap agressive pure et dure vers des morceaux plus tranquilles, futuristes et expérimentaux. Possèdes-tu des principes fondamentaux qui réunissent tout ensemble?
  • #Chainfree – La diversité fais partie du hip hop. J’essaie de montrer aux gens différents styles pour ne pas être étiqueté dans une seule catégorie. ça dépendra aussi du type d’humeur dans laquelle je suis avant de commencer à composer.
  • Quelle est ta technique de composition?
  • #Chainfree – Elle varie. J’essaie une technique différente chaque fois que je compose.

Cliquez ici pour accéder au profil soundcloud de #Chainfree

C’est marrant comme hier encore, on parlait avec EckartG de tout ce qu’on rate de plus formidable depuis qu’on a décidé de ne plus comprendre la musique des autres; ces centaines de noms qu’on entend ici et là, vagues concepts coincés entre Lady Gaga et les Black Eyed Peas (eux-même plus que l’ombre de quelque chose de vaguement correct du temps de leurs premiers albums, où nostalgie d’un point d’interrogation rouge sur fond noir). Mais j’ai quelques restes, et quand nos 5 ouvriers de compagnie balancent un bon Shakira à 10h du mat’ sur radio Voltage, je sais encore le reconnaitre. Sauf que quand j’entends Dizzee Rascal qui pose dessus, j’essaie de croire à une mauvaise blague de Dj Zebra. Là, en quelques années, il s’est passé quelque chose de vraiment bizarre.

La première fois que j’ai écouté le Rascal, c’était par mon père qui voulait me le faire découvrir quelques jours avant d’aller le voir à Rock-En-Seine. Je me souviens vaguement d’un « c’est du rap un peu electro, assez déstructuré – ça m’étonnerait pas que « bizarre » et « un peu agressif » aient également fait partie de la description – c’est du GRIME ». Puis j’ai eu droit à une écoute de I Love U, sans comprendre grand chose. Tout fier, je le fais écouter au pote qui doit venir avec moi au concert et je crois qu’il ne comprend pas grand chose non plus. Quelques semaines plus tard on découvre Math+ English, 3e album plus accessible et complètement excellent ; un peu plus conventionnel aussi, le point de départ parfait pour (re)découvrir Boy In Da Corner, sauvage comme pas deux ; entre Sitting Here, Jus’ A Rascal, le plus mélancolique Jezebel, Dizzee Rascal enfile sa capuche, prend par le col et distribue les baffes en hochant la tête. Le flow est complètement abrasif et saccadé, les énormes basses UK garage posent l’ambiance, tout est hargneux, froid, chaud, le rap se meurt et renait; Rascal (18 ans à la sortie de l’album) se pose pour un moment sur le hip hop en laissant au passage le ton raffiné de son label « I’m just sitting here, I ain’t saying much I just think, And my eyes don’t move left or right they just blink »

Jusqu’à l’accident de parcours, connu sous le nom de Tongue N’ Cheek, 4e album tout en lettres floppy fluos et vocoder, grosses baskets et public élargi ; celui qui aurait pu rester l’anti-Lil Wayne par excellence est définitivement passé du coté Puff Daddy du hip hop. J’avais pensé écrire sur Tongue N’Cheek à sa sortie, en dire tout le mal que j’en pensais pour mieux raconter Boy In Da Corner. Et puis finalement Rascal s’enfonce tellement que deux vidéos (AVANT / APRÈS) suffiront largement à illustrer le propos, aperçu de ce gout amer que laisse chaque MC alternatif qui finit par se trouver trop mur pour l’underground. Dizzee Rascal, tu crains.

Pirater cet album !

C’est un peu triste d’écrire sur Bleubird, parce que j’ai vraiment du mal à choisir l’album qui rendrait le mieux sur Awaretune : ils sont tous globalement mauvais.. C’est une espèce de constante chez lui, un morceau qui déchire par album et le reste qui ressemble à un pot pourri de grime, rap alternatif en général et hip-hop plus conventionnel sur fond de blagues plutôt lourdingues quand on les écoute en mp3. Suffit d’écouter son refrain « Clean your plate, motherfucker think about the starving children » pour comprendre que c’est le genre de musique qui se vit plus qu’autre chose. En Live, ça devient le show d’un mec complètement barré, seul devant ses machines qui balance des vannes débiles entre deux morceaux plutôt touchants, caché derrière ses tatouages pour pas montrer qu’il est super sympa, caché derrière son cynisme pour qu’on oublie qu’il a quand même l’air vachement sensible. Ce mec est une vraie bombe qui sans avoir le flow d’un Sage Francis envoie de l’émotion à tour de bras; on a presque envie de le comparer à un John Cooper Clark 2.0, mais on osera pas, y a des mythes auxquels on touche pas. Suffit d’écouter Know The End (produit par Raoul Sinier, et ouais !), le seul morceau vraiment excellent de cette tape (qui justifie largement de la télécharger, d’autant qu’elle est gratuite) pour s’en convaincre. Le reste, bien moyen, est là pour bien vous dégouter et vous envoyer le voir en live, où les même chansons prennent simplement une autre dimension.

Télécharger cet album !

J’ai enfin trouvé le courage d’écrire sur Labor Day, après un peu appréhension. C’est sur fond de flow impassible chargé d’émotivité que Ian Bavitz nous a pondu cet album en 2001. Ici les instruments dansent et oscillent, la basse commence langoureusement, puis frétille sur quelques notes plus aiguës. Des samples un peu criards pleuvent, tandis qu’un « Yes Yo » nous perfore le crâne. Ian Arrive, Calmement, et pose ses lyrics avec assurance, parfaitement soutenu par la basse.  Ce que j’admire chez ce rappeur, ainsi que chez Sage Francis, c’est leur faculté à rendre un flow (qui est par essence saccadé et monotone) parfaitement musical. L’univers de cet album est.. étrange, sonorités longues et douces nous emmènent dans l’espace, l’espace d’un moment puis on redescend avec de timides notes fades aux quelles s’ajoutent un beat, et c’est reparti, retour à la réalité, retour à la mélancolie, on pleure l’impuissance de l’Humanité. Cet album sent la tristesse d’un jour pluvieux ou l’on ne veut rien faire. Les instrus évoluent à différentes altitudes, et semblent enchainées, on aimerai qu’elles se libèrent, qu’elles puissent hurler leur frustration, mais l’explosion se fait attendre, et l’on reste dans cette ambiance pleine de tension qui ne se calme que pour changer de piste de lecture. Il reste cependant très beau comme l’ensemble de la production de Ian. Difficile à décrire avec des mots, sa musique rebondit énergiquement en criant la défaite dans des sonorités glacées, blanches, grisâtres. Un Saxophone lointain épaulé par un doux instrument à vent vient péniblement nous réchauffer, mais sans nous bercer d’illusions. La réalité est telle qu’elle est .  Cet album est beau, un enchevêtrement d’ambiances qui en créé une bien particulière. L’expressivité n’est pas issue de clichés, mais créée de toute part, et c’est en cela que j’admire le travail réalisé. Ce que j’en retient, c’est la gravité de l’ensemble, presque subliminale, je comprend le message sans pouvoir mettre de mots dessus, je vois les images sans les identifier. Un très beau voyage à réaliser, plongez y, faites en le tour, car l’album est bon de bout en bout.

La tracklist:

01. Labor
02. Daylight
03. Save Yourself
04. Flashflood
05. No Regrets
06. One Brick
07. The Tugboat Complex Pt.3
08. Coma
09. Battery
10. Boombox
11. Bent Life
12. The Yes And Y’all
13. 9-5ers Anthem
14. Shovel

Game Boy, Zelda, Link, LIEN!

Aesop Rock. Avec un nom pareil, je ne m’attendais pas à ça. None Shall Pass, un de ses meilleurs Albums, dévoile un virtuose du Hip Hop. Ian Bavitz se permet ce que peu se permettent. Dialogues musicaux subtiles avec des samples sortis de derrière les fagots, musicalités douces et lyrics agressifs, difficile de ne pas admettre que le bonhomme expérimente.  Réconcilier le rap à la poésie, c’est réussi, mais attention, quand je dit poésie, pas question de niaiserie ou de soleil couchant, on part loin, très loin, »Mars, Uranus, Jupiter, Neptune! », univers onirique, enchevêtrement de sonorités, sur rythmique basique, samples criards par moments. Du Rythm And Poetry à l’état pur. Il donne de la vie dans cet albums, du moins on le discerne. Par moment un réel ovni musical jouant sans complexe avec diverses formes préétablies qu’il s’approprie. Des formes musicales apparaissent dans une brume complexe traversée par des courants de toutes latitudes, scratch posés avec aisance. Il aime jouer avec le vocoder et créé ainsi une multitude d’ambiances qui jouent les unes avec les autres. Avec une pochette d’album illustrée par Jeremy Fish, on se dit, bien sûr, »Choix Judicieux ». Je vous invite par ailleurs à visiter son œuvre, pour faire le rapprochement. Aesop Rock se contente de ne pas faire comme les autres.

Une Tracklist?

01. Keep Off the Lawn
02. None Shall Pass
03. Catacomb Kids
04. Bring Back
05. Fumes
06. Getaway Car (Ft. Cage & Breeze Brewin)
07. 39 Thieves
08. The Harbor Is Yours
09. Citronella
10. Gun for the Whole Family (Ft.El-P)
11. Five Fingers
12. No City
13. Dark Heart News (Ft.rob Sonic)
14. Coffee( Ft. John Darnielle)

Un lien?

Une vidéo?

Quand on m’a proposé d’écrire un article, j’ai tout de suite pensé à Livin’ Proof By Hill Side.  Group Home, c’est un peu l’étincelle qui anime beaucoup de discutions entre amateurs de Hip Hop. L’instru est signée DJ Premier ( en grande partie), ce qui selon moi est un gage de qualité. Mais ça ne fait pas tout. Livin’ Proof, c’est le genre d’album que l’on écoute de A à Z, puisque (et je ne saurais l’expliquer) ce qui choque dans cet album, c’est le rythme auquel s’enchainent les morceaux, la concordance entre ceux-ci est tout simplement superbement réussie. On se balade le pas lourd dans un Ghetto en noir et blanc, teinté de jaune terni, vision du passé qui est désespérément ancré dans le présent.  L’album commence avec une Intro qui plonge dans l’ambiance d’un bar de Brooklyn où quelques musiciens sont venu faire chauffer la contrebasse, et puis c’est parti. On visite le ghetto avec mélancolie, sous le charme des rythmiques de DJ Premier, ses petits samples tout simples qui font toute l’ambiance, d’où nait une mélodie douce. On n’y croit pas, on y est.  Melachi The Nutcracker (James Heath) et Lil’Dap (Jamal Felder) posent leur lyrics avec un peu de recul, car la colère, la rage et toute autre exaltation est tempérée, et c’est là que se trouve la recette. Ils n’en font pas trop, ils ont réussit à trouver la justesse, sans aucun doute l’album de leur vie, celui qui même à la 400ème écoute, donne toujours des frissons.

01: Intro
02: Inna City Life
03: Livin’ Proof
04: Serious Rap Shit
05: Suspended in time
06: Sacrifice
07: Up Against The Wall
08: 4Give my sins
09: Baby Pa
10: 2 Thousand
11: Supa Star
12: Up Against the wall(Getaway Car Mix)
13: Tha Realness

Piratez cet album

Et une version Instru

Presque un mois d’abstinence. Je commençais sérieusement à avoir des crises de manque (spasmes, vomissements, trouble de la vue, fièvre et je vous passe les détails… ). Comprenez bien que tout est dû à une succession hasardeuse d’événements qui n’ont fait que m’éloigner un peu plus chaque jours de ma terre matricielle : internet. Pour moi cette aventure, ou mésaventure (tout est une question de point de vue) commença lorsque j’appris mon affectation dans cette école de province, il y a déjà plusieurs mois de ça. Fin d’une vie insouciante parisienne, j’allais me confronter a quelque chose d’inédit, d’inconnus pour beaucoup de gens, l’exode citadine… Donc se trouver un appart, emménager, et toutes les conneries qui suivent. Cependant mon appart n’est pas arrivé de suite et j’ai du abuser de la gentillesse d’un gars qui était dans la même situation que moi pour qu’il m’héberge un mois, manque de chance il n’avait pas internet… J’emménage ! Enfin chez moi ! le temps de régler les derniers soucis (frigo, four, éléctrecité, gaz, meubles, facture, baille, crémaillère…). Je me sens enfin près a installer le net chez moi. Et la, le destin s’acharne sur mon sort et tue mon ordi… C’est la descente aux enfers, j’oublie mon malheur dans l’obscurité de ma piaule en écoutant de  la musique, beaucoup de musique (dernier bastion de liberté et de rêverie), mais positivons, ça m’a permis de redécouvrir pas mal d’album que je n’écoutais quasiment plus et c’est le cas notamment du vaisseau intergalactique « The Cold Vein » signé par le duo new-yorkais « Cannibal Ox ». Effectivement l’opus nous vient d’une autre galaxie, d’un autre espace temps, je n’ai jamais réussis à décrire correctement ce groupe, à poser les bons mots, et aujourd’hui bah… c’est toujours pareil ! Les instrus restent toujours autant abstraites, difficile à saisir. Lorsque l’on a enfin l’impression de comprendre toutes les subtilités d’un morceau, l’écoute suivante nous largue une nouvelle fois dans cet univers sombre, froid, métallique… spatial. Comme si cet album avait bénéficié d’une technologie bien en avance sur notre temps. Face à ce monolithe d’anticonformisme, beaucoup se sentiront déstabilisé et ne saisiront pas l’ampleur du duo. C’est une toile abstraite qu’ils nous dressent, même si leurs paroles sont parfois plutôt cru (« My mother said you suck my pussy when you came out… » dans « A B-Boy’s Alpha »), ils ne se bloquent pas la dessus, et nous font partager une réelle passions pour le hip hop, attention pas la passion/festive/nostalgique du soul/funk/hip hop 80’s que beaucoup de groupe partagent (je ne cite personne bien sur, mais suivez mon regard) et qui « commence » à sonner faux. Nan, une réelle passion qui se fout de préjugés et qui ne les enferme pas dans du vu, vu et revu. Vordul et Vast Aire (le pseudo de nos deux « MC’S ») ont une véritable recherche du petit son qui tue, du petit scratch qui est différent, une volonté de faire avancer le mouvement et non pas de le faire régresser. Assez parlé, j’espère que ça vous a donné envie d’écouter cette excellent album…

https://i2.wp.com/vox2.cdn.amiestreet.com/album-art/The-Cold-Vein-by-Cannibal-Ox_b3uXbbIbblAx_full.jpg

Décollage

01. Iron Galaxy
02. Ox Out the Cage
03. Atom – (featuring Alaska/Cryptic)
04. A B-Boy’s Alpha
05. Raspberry Fields
06. Straight Off the D.I.C.
07. Vein
08. The F Word
09. Stress Rap
10. Battle For Asgard – (featuring Life/C-Rayz Walz)
11. Real Earth
12. Ridiculoid
13. Painkillers
14. Pigeon
15. Scream Phenix

Psykick Lyrikah n’est pas comme les autres. Des Lumières Sous La Pluie, c’est l’art de cultiver cette différence, de rapper avec une autre violence, celle des mots qui trouvent leur sens loin des revendications sociales ou des histoires de rue qui font la gloire du rap français. C’est cette façon de donner du poids à chaque ligne, à tel point que chaque phrase trouve sa place dans ce monde gris, terne, urbain (« C’est un bloc de pierres abrasif ou certains sèment le rêve pendant que d’autres hésitent », Ma Ville). L’album est lourd, le beat lent, et le rappeur Arm nous envoie à la figure toute la violence accumulée pendant ces nuits solitaires pleines de livres, de rêves, de frustrations, et d’introspection. Critique, profond, brutal, le flow comme les textes assaillent l’auditeur pour le mettre face à lui-même, le recadrer au milieu de toutes ces apparences et de ces faux-semblants (« Et leurs vies, malgré ce qu’ils disent, se perdent tous dans leur confort, tous et puis s’tirent de ce monde fatigués, ereintés, tous lassés de voir cet homme médire et s’en féliciter », Vois). En écoutant Psykick Lyrikah tout devient futile, et pourtant si accessible, comme si on pouvait faire éclore tout cette noirceur contenue dans la nuit, la grisaille et le café des soirs d’hiver pour en faire l’oeuvre d’une vie. Alors on ferme les yeux,  on voyage dans un monde plein de souvenirs, de visions vaporeuses, dans cet univers cloisonné, celui d’un personnage introverti qu’on reconnaît sans trop de peine pour peu qu’on ait déja apprécié de troquer un peu de fête et d’alcool pour un peu de solitude et de rêve (« J’ai esquivé tellement de soirées, rayé tant de monde autour d’moi, seulement j’savais que j’voulais être seul, j’aimais être celui qu’on ne voit pas », La Sphère). A l’écoute de cet album, on a plus qu’une envie, laisser tomber les rôles et les apparences, frappé par cette osmose entre musique et paroles au milieu de cette obscurité poisseuse, derrière ces émotions retenues si longtemps qui ressortent le temps d’un album, ces émotions belles comme des lumières sous la pluie.

Pirater cet album!

The Gaslamp killer ou GLK, c’est un mec avec une grosse touffe de cheveux, des lunettes, et qui bouge dans tous les sens lors de ses concerts, comme s’il était  dans la fosse. Il nous est originaire  de Los Angeles comme un certain Flying Lotus ou  Nosaj thing,  et surfe sur la même vague musical de ceux-ci qui s’orienterait plutôt vers le  hip hop. L’album Gaslamp Killers est composé de 46 morceaux, qui n’ont pas de nom,qui sont courts ( peu dépasse les 2 minutes ), mais qui s’enchaînent très bien les uns après les autres. GLK débarque  de Brainfeeder,  label crée par  Steven Ellison aka Flying lotus…

Gaslamp Killersoighiurg

Sage Francis – et particulièrement cet album – j’écoute ça depuis un an. A vrai dire, il y a peu de choses que je n’ai pas vécues sans écouter Sage Francis, un blanc qui fait du hip-hop. Human the Death Dance, c’est un peu comme un nouveau jouet qu’on regarde tout le temps, mais qui reste toujours aussi excitant. Seulement, le problème avec cet artiste, c’est qu’une fois qu’on commence à l’écouter, c’est dur d’enchainer sur autre chose, de se détacher de cette ambiance unique, qui porte tellement plus que ses mots qui portent beaucoup plus que leur sens. Je ne compte plus les nuits blanches à écouter Sage Francis. C’est l’ambiance de la nuit, un peu de mélancolie, un peu de colère et un mec un peu philosophe qui marche le long d’une route. On se reconnait tous dans ses paroles, pour peu qu’on se pose quelques questions. Ses vers sonnent comme du Marvell ou du John Donne (qu’il cite d’ailleurs : « Death be not proud for some have call thee… » sur Clickety Clack), et c’est pas juste pour le dire, puisque qu’il y a quelque chose derriere, derriere sa prise de position face au monde, face à la vie même et lui-même. Peu d’émotions qu’il n’ait pas exprimées dans sa musique, avec son flow unique posé tranquillement sur des sons tellement léchés, tellement efficaces qu’il a pu se permettre de sortir une version instrumentale de l’album. Alors c’est vrai, il est long mon article, mais le bonhomme en vaut bien le coup et je suis à des années-lumières d’avoir réussi à vous expliquer quelque chose parce que justement, ce mec dépasse ça. Il remue les forces divines dont parlait Antonin Artaud, mais je vois bien que je vous ennuie et que je m’égare.

sage_francis-human_the_death_dance(mp3)Je vous jure, prenez le!