Parce qu’il est toujours plus facile de jouer la provocation, ça fait longtemps que j’ai envie d’écrire sur St Anger en l’annonçant comme de loin le meilleur album de Metallica. Évidemment, c’est un peu facile de préférer cette tache au reste de leur discographie quand on est pas du tout fan du groupe à la base, mais c’est aussi un sujet de débat jouissif à lancer quand un ange passe à une table de buveurs de bière chevelus. St Anger, c’est l’album de la rédemption pour ce bon vieux James Hetfield (aujourd’hui Straight Edge convaincu) qui termine sa cure de desintox et qui du coup semble un peu plus inspiré que d’habitude (ou du moins creuse un peu les thèmes de ses chansons). C’est aussi le baptême du feu de l’ex-Suicidal Tendencies Robert Trujilio, qui offre à tous les bassistes en culotte courte une leçon en forme de coup de pied au cul à chaque morceau. Et surtout, c’est une sorte de monument à la gloire du jeu de Lars Ulrich qui donne l’impression d’être frustré par le son de sa batterie, si bien qu’il essaie de la détruire encore et encore tout en restant dans le tempo. Un son plus proche de l’assemblage de casseroles et autres ustensiles de cuisine que de la batterie, qui restera un des principaux arguments négatifs des puristes à l’égard de cet album. Et pourtant on a rarement entendu aussi massif dans du Metallica, le tempo est battu avec une frénésie complètement bestiale et un son ultra métallique qui donne à l’expression « futs » tout son sens. La rythmique des guitares est un peu plus habituelle, énormes riffs qui feront trembler n’importe quel scooter quand vous passerez en camion à côté de lui, vitres ouvertes et bras tatoué accoudé à la fenêtre; les structures sont elles un peu plus surprenantes, puisque la classique couplet/refrain/couplet/refrain/pont ne laisse plus de place aux solos : la prise de risque qui est en fait LE coup de génie de cet album, mais qui fera également passer ses défenseurs pour des gros cons illettrés qui ne comprennent visiblement rien à la musique. Rajoutez à ça que l’album est exempt de ballades pleurnichardes façon Nothing Else Matters ou The Unforgiven, et vous vous mettez à défendre l’hérésie la plus jouissive de l’histoire du métal. Pourtant il aurait suffit de lire les paroles du single St Anger pour voir que 10 phrases scandées sont bien plus fortes que n’importe quelle power-ballade, mais il faut croire que finalement c’est pas tant la violence qui plait au gonze metalleux.

PS : Ne manquez sous aucun pretexte le formidable reportage sur l’enregistrement de cet album, Some Kind Of Monster.


Pirater cet album !

Gerda – III

23/02/2010

Gerda… Pochette cheloue, nom dégueu, il aura vraiment fallu que cet album soit album du moment et catégorisé comme Noise Hardcore sur metalorgie pour que je m’y intéresse. Tant mieux, c’est simplement mortel. Enfin pas si simplement d’ailleurs, c’est une musique dure à décrire tant elle s’éclate à vous en envoyer plein la gueule avec la violence d’un Lightning Bolt qui aurait embarqué le son d’ Oxbow. Si on prenait le soin de mettre Eugene Robinson sous amphets (dangereux, je sais…) et qu’on enregistrait le tout, on aurait quelque chose de pas loin de la sauvagerie noise dont Gerda fait preuve. Très proche de Myra Lee en fait, mis à part que là ou les français arrivent à distiller des notes emo au fil de leur musique (qui déchire), Gerda ne fait aucune concession et balance toujours plus fort, toujours plus hargneux, enragé plus que de raison. Il y a peu de mots pour décrire cet album, et j’arrive tellement pas à finir ce post que je citerais simplement l’article qui m’a fait découvrir le groupe : « Un gros pavé dans la mare et dans la gueule. »

Pirater cet album !

« What’s up, doc? »: vous émergez d’un profond coma. Bugs Bunny se tient au dessus de vous, grignotant sa carotte. Vous lui esquissez un sourire mou, quand soudain, votre regard s’arrête sur ses canines et ses yeux rouges. Vous êtes aveuglés par le reflet métallique du couteau qu’il peine à dissimuler derrière son dos: Bienvenue dans le monde de Primus!

Le lapin, c’est vous! Tales from the Punchball, à défaut d’un label correct, a le mérite de vous plonger dans vos pires cauchemars de mioche: le cartoon qui dérape. C’est pas pour rien que Les Claypool, bassiste et leader charismatique (un peu comme le colonel Kentucky) a composé la BO de South Park. Sauf que dans notre cas, ce n’est pas une bande de 4 sales rejetons de 8 ans, c’est Speedy Gonzales le kamikaze, Bugs Bunny le désosseur, Titi le corbeau…

Revenons sur Terre un instant: cet album sue le thème du carnaval, ce côté « carne », sous le massicot du slap incontrolable d’un bassiste fou, sans trancher entre le metal, la funk, le free jazz… Sans parler de ses complices: une guitare vicieuse aux riffs assassins, entre le couinement et le cri de rage, une batterie assomante, aussi lourde et percutante qu’une crosse de revolver, le tout commandité par la voix perverse d’un Yosemite Sam fanatisé, proférant ses menaces sur un accent exagérément Redneck. Le limes entre le sublime et le ridicule est très fin. Primus fait un sacré numéro d’équilibriste: haut les Stetsons!

Pour finir, Tales from the Punchball, c’est un peu comme un Sgt Pepper sous mescaline qui fait du rodéo mécanique à Houston: une sorte de fanfare anxiogène, à la sauce Hill Billy, sans le côté républicain assumé.

– Désolé, promis, y’aura un lien. Mais qu’est-ce que vous faites? AAAAAHHHHH! (merci Fcp)

Tracklist:

01. Professor Nutbutter’s House of Treats
02. Mrs. Blaileen
03. Wynona’s Big Brown Beaver
04. Southbound Pachyderm
05. Space Farm
06. Year of the Parrot
07. Hellbound 171⁄2 (Theme from)
08. Glass Sandwich
09. Del Davis Tree Farm
10. De Anza Jig
11. On the Tweek Again
12. Over the Electric Grapevine
13. Captain Shiner

Ca va faire un mois que j’écoute Zu et je suis toujours incapable de les décrire : c’est sans doute l’un des trucs les plus étranges que j’aie jamais entendu. Les noms de chansons cherchent leur expressivité dans le registre de la matière brute, de la mythologie grecque, germanique ou autres domaines aussi réjouissants. Autant dire alors que l’album porte déja, avant même qu’on écoute le premier morceau, une ambiance des plus morbide. Zu a un gout des temps primitifs et barbares où l’on s’égorgeait à la hache et au sylex, le tout rythmé par le joyeux son des tambours de guerre. Ca sent l’assassinat, le viol et la luxure, la bave, le sang, le foutre et la sueur. Bref, autant dire que pour écouter ce groupe, mieux vaut avoir le coeur bien accroché et pas de couteau à portée de main.

zu Servez-vous.

Et en apéritif.

L’album commence délicat comme les pas d’un ado qui rentre au matin chez ses parents, pour quelques secondes en fait, puis ça explose, on est propulsés dans l’air, sans aucun repère, et on redescent pas de si tôt. Pelican, ça vous serre les dents, ça agite vos jambes et votre tête. C’est ça : le groupe a une maitrise tellement parfaite de la tension que peut creer un morceau qu’il est completement inutile d’essayer d’écouter cet album avec l’oeil d’un analyste, je vous donne 20 secondes avant de vous tortiller comme tout le monde.

pelican

Voyez par vous même.