2012 deja, la juke (ou footwork) a fait son petit bout de chemin depuis son « premier depart » sur Planet Mu records. Pour la France, mis a part les quelques soirees parisiennes du Social Club et la présence du label Booty Call records, la juke reste un style de musique toujours peu présent et marginal dans le monde réel où il est encore trop souvent associé au genre fourre-tout que les clubs americains noment « bass music ».

C’est donc dans le monde « virtuel » (notament sur soundcloud) qu’il se developpe tel un ouragan, chaque pays du monde y ajoutant sa petite saveur locale et poussant les limites du genre chaque fois plus loin. Tel un veritable retour a la techno des annees 90, cette nouvelle évolution de la musique mélangeant une « sub-bass » gonflée aux stéroides et des rythmes frénétiques imprévisibles peuvent s’écouter sur les compilations World Wide Juke sorties cet été (deja 12 volumes…! :D).

Mais qu’en est-il des origines de cette musique? Eh bien elles sont toujours a peu près vivantes, cherchant leur petit coin de paradis sur internet. Revenons dans le Nord des Etats-Unis, lieu ou cette musique est née. Les crews originaux qui animaient le dancefloor il y a 8 ans ont bien sur laissé place a une nouvelle generation de producteurs qui, voyant l’enjeu d’une telle mouvance se developper n’hesitent aujourd’hui pas a plonger dans la breche ouverte et a promouvoir leurs propres crews (l’exemple le plus notable etant bien sur Teklife et le label LitCity Trax mené par DJ Rashad). Une porte se serait meme ouverte a Detroit. Le cycle 30 prophétisé par Jeff Mills semble donc entamer une nouvelle revolution. Le jazz est de retour, narguant la planète afin de casser puis reconstruire les regles du rythme pour la enieme fois.

Voici en exlusivité un court interview ecrit d’un producteur issu de Minneapolis, St Paul (je vous laisse chercher sur google maps pour savoir oú c’est). Son nom est 2tall, le nom du crew « Take Ova Bangz »):

  • donc ouais, parle-moi un peu de ton background musical.
  • 2-Tall – ok j’ai réellement commencé a produire du footwork, de la house et de la juke l’année dernière. Mon pote Yb m’a branché dessus. Mais ca doit faire maintenant 6 ans que je fais du footwork et que j’ecoute de la juke. J’adore produire ce style, j’en fais pour m’amuser principalement.
  • T’as toujours habité a St Paul?
  • 2-Tall – non a la base j’habitais Milwaukee Wisconsin, je n’ai entendu parler de footwork qu’apres etre venu a St Paul.
  • Il semblerait qu’aujourd’hui cette musique se developpe sur internet. Etait-ce pareil a l’epoque? [annees 2000]
  • 2-Tall – C’est vrai, aujourd’hui la juke se développe sur internet. Mais a l' »époque » c’était aussi le cas car la majorité des morceaux sur lesquels je footworkais se trouvaient aussi sur le web. Je n’en produisais pas, je ne faisais que footworker.
  • Est-ce que la scene juke est developpée a St Paul?
  • 2-Tall – Ouais, c’est juste différent par rapport a Chicago. La scene d’ici est seulement plus petite. Notre crew Take Ova Bangz essaie de la rendre plus grande.
  • DJ Yb est avec eux?
  • 2-Tall Ouais Dj Yb est l’un des leaders de Take Ova Bangz.
  • cool, ça fait combien de temps que le crew est formé?
  • 2-tall Depuis 2006 mais au debut on etait deux groupes differents: DJ Yb etait le leader de Last level et DB (devon) etait le leader d’insane bangz. On a juste mis les deux groupes ensembles et on a fait Take Ova Bangz.
  • quel genre d' »equipement » tu utilises pour produire ta musique? (et au passage, serait-il possible de presenter tout le crew pour l’occasion de cet article?
  • 2-Tall En general j’utilise FL Studio, mais des fois l’un de mes potes me prette son mpc. J’aime utiliser les sample « tek » que DJ Yb me file parce que lui il est plutot dans ce genre de sons. Et oui, voici les membres du crew: Dj Yb (Donja ), DB (Devon), Tbone (just tbone), Dman (just Dman), Lil gerl (Gerald), Dj tyson (Tyson) & moi-meme Dj 2tall.
  • Quels autres genres t’inspirent autre que la juke?
  • 2-Tall ah ok, footwork, house, hip hop et un peu de R&B
  • House de Chicago?
  • 2-tall – Ouaip, j’adore la house de Chicago)
  • Comment est-ce que tu vois la juke dans le futur? Peut tu voir des DJs internationnaux en jouer dans les clubs?
  • 2-Tall – Comment est-ce que je vois la juke dans le futur… je pense que ouais, je peux la voir jouer dans des clubs internationaux par des grands DJs.
  • Autre chose a rajouter pour l’article?)
  • 2-Tall – Tout ce dont on a parlé, c’est a peu pres bon.

En Bonus, un morceau du producteur interviwé plus haut (2-Tall, vous pouvez écouter d’autres de ces morceaux en cliquant sur le widget), véritable hommage a la techno robotique et oppressante de Detroit, portant le nom de son crew. A écouter avec des basses puissantes, sinon ça marche pas :D.

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Mogwai n’a pas su s’arrêter à temps. C’est la même recette qu’ils servent depuis des années, qui prend à chaque fois, même quand on pense que c’est terminé; on y revient, on en redemande, inlassablement. The Hawk Is Hawling, l’avant dernier album, prenait un tournant presque post-metal parfois, on aurait pu avoir LA révolution, le retour du groupe sur le devant de la scène, bruyant, violent, ce mur solide et impénétrable qu’ils nous ont tant balancé plutôt qu’un gros animal qui s’endort sur son statut de monstre sacré du post-rock. Mais rien de tout ça, le dernier Mogwai est plat, chiant, embarrassant par moments. La magie est partie, on la connait trop bien, c’est même plus drôle. Comme Isis et son Wavering Radiant, Mogwai se casse la gueule sur ce qui pourrait bien être son épitaphe là où ils auraient pu s’arrêter sur un excellent album et cette question que finalement on adore se poser : « Et si ils avaient continué ? ». Mogwai est mort, tant pis pour moi. J’écouterais quand même le prochain si prochain il y a, parce que tous les 6 mois je me dis que c’est le meilleur groupe du monde. Je leur donnerais encore une chance, parce qu’écouter Sine Wave pour la première fois à été la plus grosse claque que j’ai prise en musique. Je resterais fidèle parce que personne (à part Godspeed You ! Black Emperor) n’a composé un post-rock aussi intemporel que « You Don’t Know Jesus » ou « Two Rights Make One Wrong ». Parce que j’ai vu 2 fois « Take Me Somewhere Nice » en live et que 2 fois j’en ai eu les larmes aux yeux; pour ce flot d’émotions contradictoires qu’on a rarement pu palper de façon aussi évidente dans un album. Enfin, parce que sans eux ce blog n’existerait peut-être pas. Rock Action, ou de l’éducation.

Pirater cet album !

 

Ceremony est devenu avec Rohnert Park le parfait groupe de hardcore pour Tracks et Pitchfork, lent, sombre, simple et génial à la fois. Mais aussi excellent que soit leur dernier album, Ceremony, c’est avant tout un des derniers spécimen de ce que fut le hardcore californien, celui de Black Flag, celui qui casse des dents, celui qui nique la police, celui qui s’en branle. Le hardcore par dépit, la hargne et la bave aux lèvres. A des kilomètres de Ruiner ou Defeater, qu’on pourrait croire énervés juste pour l’être si on les écoutait un peu trop vite. Ceremony, c’est la violence qui fait peur, celle que l’auditeur moyen qualifie d’un « houlààààà » en fronçant les sourcils plus que d’un simple « ah ouais » désintéressé. Conglomérat de morceaux variant entre 20 secondes et 1 minute 30, Violence Violence le bien nommé vient mettre un bon coup de pied au cul à tous les coreux qui pensent que se politiser va les sauver du ridicule, que 3 minutes est un format acceptable et qu’être punk ne veut plus rien dire. Suffit de voir le groupe retourner une fosse pour comprendre qu’un mosh pit, en vrai, c’est ça (« Pack your fists fill of hate, take a swing at the world, These kids stick to themselves, carry angst in their words where will never be a part of this cursed fucking town. So we stand amongst ourselves, watch it burn to the ground, burn to the fucking ground« , Kersed). Locomotive carburant à la haine et à la frustration lancée à fond la caisse, Violence Violence écrase tout avec avec un entrain et une fureur qui se font beaucoup trop rares. L’album inclut le premier EP « Ruined », pour toujours plus de pissed off, pissed off, pissed off !!!

« Put these beautiful people six feet underground.
I walk their roads, spill blood through their streets.
I hate everyone and every fucking thing.
This is my war »

 

Pirater cet album !

Les altos de Spontaneous Kindness sont restés collés dans ma tête pendant tellement de sales journées, je peux revenir sur cet album et il me fera chaque fois le même effet.
Il y a quelque chose là-dedans qui te donne un peu d’espoir tout en t’enfonçant dans une mélancolie bien froide. Je pourrais jamais utiliser contemplatif avec autant de sens. C’est détaché mais sensible.

La plupart des morceaux sont construits sur une superposition d’arpèges à la guitare, basse, parfois du koto, du charango. Ça a tout de suite cet effet entêtant à la Reich. Du coup, pas besoin de percussions (même si la petite boîte à rythme un peu cheap de One Night Of Swords allège l’ambiance).
Des harmonies tortueuses et des mélodies plaintives et naturellement envolées, il y a une vraie justesse dans la composition. Tout est exposé simplement, brut.

———————————————-Skuli Sverrisson – Seria————————————————

 

Le Skúli Sverrisson que je m’imagine a vraiment la classe. Il est side-man de tellement de groupes dans des univers bien différents (Jim Black, Ryuchi Sakamoto, Blonde Redhead), et Seria tombe un peu au milieu comme « le projet perso que je vous cachais ». Sans aucune prétention, des petits morceaux qu’il a composé dans son coin.
Il a sorti « Seria II » sur 12 Tónar, je vais tenter de mettre la main dessus. Il est plus pimpé, du gros doré sur noir. Le morceau en écoute sur le site du label a une ambiance plus « joueuse ».

Il est des moments où je me prends à rêver que je suis accoudé au hublot d’un Tupolev, survolant l’Oural, assis aux côtés d’un cosaque tout en costume et moustache, empestant la vodka, chantant de sa voix rauque et puissante un chant traditionnel. Et là, deux mecs en uniforme militaire se lèvent et font le chœur tout en exécutant quelques pas de kazatchok. Puis, je me réveille et je regarde par la fenêtre, et tout ce que je vois, ce sont ces putains de platane qui m’accueillent, les bras ironiquement tendus pour me souhaiter la bienvenue à Paris..

Si je vous propose cette compilation, c’est qu’en ces temps de déprime pré-hivernale, il existe d’autres méthodes que la vodka pour passer le blues. Vladimir Vysotsky, acteur russe de son état, dont les talents musicaux ont longtemps été ignorés par la censure en URSS, ne répondant pas à la politique culturelle en vigueur à une époque où la planification ne s’arrêtait pas à la famille… Au final, de nombreux séjours en Europe de l’Ouest ont laissé des enregistrements, nous permettant de profiter avec allégresse de ce que nos camarades nous ont transmis de mieux : la chaleur de leur « Mère Patrie », incarnée par la voix rauque et les paroles enchantées, un brin subversives, de ce monument de la chanson russe.

 

Скачать, товарищи!

Petits bonus :

Une intro à deux guitares, si classique mais tellement efficace. Puis la tempête, sur 20 minutes. Entre les riffs millimétrés de Van Jonhson et le coté blackisant de Kaospilot, en passant par un gout prononcé pour des breaks laissant résonner en cœur des coups de basse/batterie démentiels, Killie est le désespoir à l’état pur. ATOOOIAHMWNRA, c’est une sorte de compilation de styles collés les uns aux autres, patchwork de génie qui dresse un tableau absolument génial de l’après metal des années 2000, avec l’éloquence des plus grand. Un son sale mais jamais inaudible, juste ce qu’il manque pour devenir facile à écouter. Une voix profonde qui rappelle des influences black, ou juste japonaises, cet art de brailler toujours plus et toujours un peu à coté, Hanatarash est souvent un peu ici ou là. Des enchaînements parfaits de tout ce qu’il y a de plus grand, on ressent du Isis, du Neurosis, quelques plages post-rock qui se dérobent bien vite pour nous laisser tomber dans du plus lourd, toujours plus lourd; chaque riff se détache du précédent en quelques secondes sans qu’on ne fatigue jamais, enchainements plein d’humilité qui nous laissent sur notre faim à chaque changement de partie. « One In A Hundred Million » et son envolée épique, pure violence qui rappellerait presque un Mono crasseux, la basse est lourde, un hurlement lancinant se traine sur 40 secondes époustouflantes qu’on aimerait voir durer plus, mais déjà on est ailleurs, peut-être en plein Converge, où encore plus loin. Killie dresse certainement un portrait beaucoup trop noir de la musique et de notre époque pour rester dans les annales, mais l’idée n’est pas là de toute façon : « Afterall, The Opinion Of One In A Hundred Million Will Not Reach Anyone ».

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Supersilent – 6

23/03/2010

Je crois que c’est la prod de Helge Sten qui fait tout. Deathprod et son « audio virus », son lot d’effets, de bidouillages et d’instruments électroniques en tous genres. C’est ce qui fait que le son supersilent accroche autant, malgré son minimalisme et son « silence » parfois quasi complet.
Et il y a aussi de ça. Ce minimalisme et la musicalité des quatres norvégiens qui donne un côté quasiment composé aux pistes.
Un de ces groupes qui donne un peu l’effet coupé du monde, je crois. On est vite plongé dans leur « univers ».

Signés sur Jazzland, leurs neuf enregistrements, numérotés de 1 à 9 (ils jouent pas mal dans la sobriété), ont pris des directions différentes, comme c’est souvent le cas avec les groupes d’impro. Toujours minimalistes, ils gagnent un aspect plus ambient à partir du 5. Le 6 est beaucoup plus electro-jazz (il y a carrément un beat à un moment). 6.1 reste pour moi « le tube » qui résume l’expérience supersilent et le côté un peu post-rock du 6.4 me plait bien.
J’avais commencé avec 5, tellement plus « vide » mais prenant et déstabilisant, la trompette d’Arve Henriksen survolant des ambiances électroniques insinuant de-ci de-là des minis glacis mélodiques.

L’entrée en matière

Leurs débuts étaient beaucoup moins en finesse.

Guts Pie Earshot, c’est le genre de heureux hasard que je rencontre sans le vouloir. Assis sur une chaise lisant des prospectus, je tombe sur un article leur étant dédié. Punk-Drum&Bass. Voilà qui m’interpelle, je note ça quelque part, l’oublie, et retombe sur le nom plusieurs semaines plus tard. Quelle claque. Le genre de découverte qui explore un tel pan de la musique que l’on aimerai qu’elle puisse évoluer dans une autre dimension pour décupler les possibilités tellement c’est bon. Aller trêve de parler de moi. Chapter Two, Volume One. Le nom de l’album. Je tiens à noter que ce groupe existe depuis 1993, qu’il est depuis leur séparation avec leur chanteur, composé d’un batteur et d’une violoncelliste. Sur le papier, on a un énième groupe de pop musicale un peu gnan gnan. Seulement voilà. Ces deux bougres sont en plus d’être de terriblement bons musiciens et compositeurs, extrêmement créatifs, et ont quelque chose qui leur est propre. Un bloc de pierre musical taillé dans la glace, animé par des sonorités aigües, une rythmique acoustique très speed emprunte à la drum&bass, ça valse, passe de l’un à l’autre, ambiance lourde et fortement rythmée, passage plus calme très mélodieux, on a toute la force et la grandeur qu’un violoncelle peut offrir.  Les deux musiciens se connaissent par cœur et cela se ressent dans leur musique. N’hésitant pas à pousser les limites de leur instrument jusqu’à l’extrême, avec un peu de disto, on a la perle musicale par excellence, absolument unique, où les musiciens jouent à merveille avec le tempo qui change sans crier garre sur un coup de violoncelle plus aigüe. Foncez, l’expérience vaut le coup d’être tentée.

Track List:

01: Manu

02: Exist

03: It’s Never New

04: If I

05: Butterfly

Un lien pour des cordes

Une vidéo live.

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Je ne veux pas amener trop de politique sur cet espace, mais simplement réagir au vote de cet après-midi concernant Hadopi 2. Quand je vois des citations comme celle de M. Lachaud, qui annonce au nom du Nouveau Centre que « La liberté des pirates conduira à la disparition des artistes », ou celle de Frédéric Mitterand qui balance qu’il est satisfait de cette loi qui permettra de se dresser « contre ceux qui veulent faire du net le terrain de leur utopie libertarienne », je me dis quand même qu’on est dirigés par un bon paquet d’attardés, et qu’il va falloir se réveiller un peu. J’ai vraiment du mal à comprendre comment toute une génération peut rester complètement passive face à un gouvernement qui s’en sert comme d’un bouc émissaire, qui se permet de la dénigrer et de l’accuser pour remonter sa cote de popularité auprès de l’électorat qui n’y comprend que dalle ainsi que des Majors. J’ai vraiment du mal à saisir comment toute une génération peut se contenter de rester passive quand on lui interdit un accès à la culture et au partage aujourd’hui déjà bien ancré dans les habitudes de chacun de nous. J’ai du mal à saisir comment on peut rester passif quand on se fait enculer comme ça. Vraiment.

Faisons du net le terrain de notre utopie libertaire!

http://www.numerama.com/magazine/13926-la-loi-hadopi-2-adoptee-a-l-assemblee-par-55-des-deputes.html

http://www.zdnet.fr/actualites/internet/0,39020774,39706565,00.htm

http://www.odebi.org/