Artiste dont le talent fut largement reconnu qu’après à sa mort, James Dewitt Yancey (aka J Dilla ou Jay Dee) était l’un des producteurs de hip hop le plus demandé de la fin du XXeme siècle (par notament De La Soul, Pharcyde, A Tribe Called Quest, Slum Village, Common, Q Tip et Busta Rhymes).

Né le 7 Février 1974 à Detroit, James Yancey se passiona très très jeune à la musique jazz qu’écoutait son père ; il grandit par la suite au son de la soul et du funk des années 70. Vivant dans le quartier du Conant Gardens, il commença une carrière de DJ au lycée puis ne tarda pas à sècher les cours pour se lancer dans la production musicale. Son voisin Joseph “Amp” Fiddler (qui avait déjà participé dans des tournées de George Clinton et des P-Funk Allstars) lui apprit les bases du sampling et de la programmation musicale assez vite.

A la fin des années 80, lorsqu’au milieu de son quartier noir de Detroit le hip hop devint roi, Dilla et l’un de ses potes formèrent le duo « Slum Village » qui fut introduit (grace à Joseph “Amp” Fiddler) en 1994 à Q-Tip du groupe A Tribe Called Quest. C’est à ce moment que la carrière du jeune James démarra: sous la tutelle de Q- Tip, il enchaîna les voyages et autres travaux pour Janet Jackson, Busta Rhymes, De La Soul ainsi que The Pharcyde. Préférant l’ombre des studios plutôt que les spotlights de la vie de star, il retourna bosser en 1996 à Detroit sur son projet Slum Village avec ses potes ; leur premier album Fantastic Vol. 1 fut un succès et ne fit qu’affirmer son talent aux yeux du monde du hip hop. Son travail augmanta. Il contribua au succès d’Erykah Badu sur son album de platine « Mama’s Gun » et sorti son premier album solo « Welcome 2 Detroit » sur BBE Records.

Après une petite tournée Européenne en 2003, un diagnostique révéla qu’il était atteint de thrombotic thrombocytopenic purpura (TTP), une maladie du sang assez rare. Sa santé ne s’arrangea pas avec le temps. Après sa collaboration avec Madlib de Los Angeles (Madlib + J Dilla = Jaylib) et une dernière tournée de quelques semaines en Europe, ce n’est que 3 jours  avant sa mort à l’hôpital qu’il composa Donuts, l’apogée de sa carrière mais aussi sûrement l’un des plus grands albums de hip hop instrumental qui soit. RIP.

Track 10 – Time: The Donut of the Heart

(Lien de téléchargement censuré par Stones Throw Records… désolé pour cette fois-ci)

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Nous sommes en 2009: des noms tels que DJ Rashad, DJ Spinn ou encore DJ T-Why font leur timide apparition sur le web-magazine FACT et sur le déjà renomé label Planet Mu (dont µ-Ziq, Venetian Snares et Vex’d font partie). Pour les enthousiastes de musique urbaine underground, cela ne peut qu’annoncer des bonnes nouvelles.

Pendant que le dubstep s’amuse à se prostituer chez les transformers, les adeptes de Joker, Loefah et autres Hyperdub se régalent de « footwork », un son tout droit venu de l’autre côté de l’Atlantique, j’ai nommé Chicago. Un mouvement qui possède ses origines dans la ghettotech des années 90 (musique coonue pour ses fameuses « explicit sexual lyrics »).

Mais depuis le temps, tout a évolué. Aujourd’hui, c’est un style très répétitif et saccadé que l’on peut entendre, des basses qui vibrent à basse fréquence, des « snares », des « handclaps », des morceaux de voix… Une danse frénétique (presque un art martial, faut voir les videos!) mais surtout des battles qui se disputent dans des entrepôts vides des quartiers du sud de Chicago, des gymnases d’école ou encore en soirée chez des potes.

Grace au net, le footwork a trouvé son public outre-atlantique (« Watch my Feet » de Dude N Nem pourrait en être le point de départ) et certains artistes européens n’hésitent pas aujourd’hui à s’en approprier la recette (notament le tube underground 2010 « Footcrab », d’Addison Groove).

Mais pourquoi autant d’enthousiasme pour cette musique en Europe? Eh bien, j’ai tenté ma propre expérience sur platines: il semblerait que la plupart des morceaux footwork se mixent A MERVEILLE avec de nombreux morceaux dubstep (plutôt ceux issus du label Hyperdub), comme si ces sons underground de Chicago et de Londres s’étaient inventés l’un pour l’autre. Tout ça donne des ambiances sonores assez sympathiques (du genre faire monter la pression avec du footwork bien répétitif puis tout relacher sur des bonnes grosses basses dubstep). Bref, je vous laisse la compil’ parue la semaine dernière sur Planet Mu (mieux vaut l’achetter si jamais vous souhaitez que le mouvement se développe, juste par principe), en espérant que ça vous plaise. Voilà!

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Bonus:
Article en anglais sur le Juke/Footwork
FACT mix 195: DJ Spinn & DJ Rashad
L’une des nombreuses vidéos de battle qui circulent en ce moment sur youtube

Attention, grosse grosse bombe.

Shpongle est sans doute l’une des meilleurs formations que la musique électronique n’aie jamais connu. Et pour peu, puisque c’est Simon Posford (aka Hallucinogen) et Raja Ram (The Infinity Project) qui tiennent la barre. Pour ceux qui ne les connaissent pas, ces noms figurent parmi les champions de la scène goa trance des années 90.

La collaboration autour du projet Shpongle remonte à 1996, lorsque les deux hommes visionaient une éclipse en Inde. Ils eurent alors l’idée d’en retranscrire l’experience en musique: Shpongle était né. Considérés comme les chefs de file du mouvement psybient, le duo mélange dub, ambient et autres sonorités world pour une carrière sans faute (3 premiers albums devenus des classiques) pendant dix ans.

Sorte de groupe psychédélique ultime, l’auditeur en prend plein les oreilles du début jusqu’à la fin ; que se soit la voix vocodée de Raja Ram qui répète « My head feels like a frrrriiiiizzzzbeee », les passages rythmiques façon salsa ou encore les samples récupérés de la jungle indienne, tout est bon pour vous en faire entendre de toutes les couleurs (il n’y a aucune intéruption entre les morceaux, tout se déroule comme s’il sagissait d’une seule piste). Ne comprenez pas mal! Il ne s’agit pas forcément de musique de drogués, mais plutôt de musique mieux appréciée sous l’effet de drogues. Même les pochettes d’album décalquent la tronche: des petits bijoux graphiques qui contiennent plein de détails microscopiques!

Bref, je vous laisse avec le deuxième album sorti en 2001. Les chefs d’oeuvres qui atteignent de tels niveaux de qualité sont rares, en voici un. Avec ce projet, Simon Postford a réussi à montrer qu’il en avait encore plus dans le ventre que ce que l’on pensait déjà. Bon trip.

Track 05 – My head feels like a frisbee

ओम शान्ति!

Depuis que j’ai découvert Mikami-san, je me suis mis à «yaourter» Kono Record Wo Watashi Ni Kudasai dans mes grands moments d’absence. Un hommage – un pastiche ! – honteux  pour un album qui vaut bien mieux qu’un petit « djeuns » chantonnant sous la douche.

Contemporain et ami de Kazuki Tomokawa, Kan Mikami s’en distingue par le grain d’excentricité, faisant de lui un parangon d’une « culture alternative » japonaise chancelante entre le sublime et le ridicule. Évidemment, c’est avec un talent et une énergie incontestable qu’il réussit cet exercice d’équilibriste. Et cet album est là pour le montrer : 8 pistes / 1 sillon, celui d’un type qui chante d’une voix implorante trahissant un homme à vif. Cette voix, seule constante de l’album, mélange hétéroclite entre la folk lancinante de Kono Record, le blues voluptueux de Kareinaru Zetsubou, la pop acidulée de Akai Uma et le morceau éponyme, sorte de Revolution #9 sans le côté pédant d’un John Lennon sous LSD, nous laissent toujours cette impression qu’un OVNI est passé dans le salon.

L’album porte bien son nom, c’est une explosion que l’on prend dans la gueule… Little Boy peut aller se rhabiller.

Enora Gayu

R&S records?

Le label qui, au début des années 1990, donna de formidables contributions à la jeune scène éléctronique européenne de l’époque (Energy Flash de Joey Beltram, Digeridoo d’Aphex Twin et Plastic Dreams de Jaydee entre autres) dont cet album fait partie. Certains le considèrent même comme l’un des meilleurs jamais sorti sur R&S.

De quoi s’agit-il? De techno. Mais attention, de la très très bonne techno. Les mélodies au synthé, les cliquetis métalliques, les beats lourds: tout a été produit ici pour mettre la barre de niveau vraiment haut (difficilement dépassée depuis). Ca sonne un peu vieux aujourd’hui, d’accord. Mais le côté « gros coup de poing dans ta face » est toujours présent (en tout cas, c’est l’effet que ça m’a donné en l’écoutant la première fois). Du lourd, du répétitif, du mécanique, des morceaux de fer qui voltigent de partout, des robots sous exta, que demande le peuple?

Si l’on part du principe que tout genre musical est en constante évolution, qu’il n’est jamais « parfait » à une époque donnée, comme la majorité des puristes le voudraient, cet album se situerait au moment où la techno des 80s laissait tomber ses origines robtiques naïves à la kraftwerk et adoptait des sonorités beaucoup plus violentes, industrielles, en un mot: s’endurcissait. (Peut être est-ce à cause des dérives commercialo-mafieuses du mouvement rave en 1992, ou alors encore de la qualité de l’extasy qui devenait de moins en moins bonne).
Mais si l’on part du principe qu’il existe un style « parfait », « intouchable », « classique » à ce genre, The 4th Sign en serait l’album représentateur. Voilà ce à quoi les gens devraient penser en entendant le mot « techno ». A écouter très fort.

Track 02 – Nightbreed
Track 05 – Pendulum


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Soft-screamo ou power-pop dépressive ? Suis La Lune est suédois, porte des slims et balance une pêche d’enfer avec swing, douceur et conviction. Le chaos est rarement total mais prend aux tripes, pour vite s’oublier sur des mélodies douces pour paroles dépressives à souhait. De quoi bien débuter la semaine, en somme.

Pirater cet album !

Les altos de Spontaneous Kindness sont restés collés dans ma tête pendant tellement de sales journées, je peux revenir sur cet album et il me fera chaque fois le même effet.
Il y a quelque chose là-dedans qui te donne un peu d’espoir tout en t’enfonçant dans une mélancolie bien froide. Je pourrais jamais utiliser contemplatif avec autant de sens. C’est détaché mais sensible.

La plupart des morceaux sont construits sur une superposition d’arpèges à la guitare, basse, parfois du koto, du charango. Ça a tout de suite cet effet entêtant à la Reich. Du coup, pas besoin de percussions (même si la petite boîte à rythme un peu cheap de One Night Of Swords allège l’ambiance).
Des harmonies tortueuses et des mélodies plaintives et naturellement envolées, il y a une vraie justesse dans la composition. Tout est exposé simplement, brut.

———————————————-Skuli Sverrisson – Seria————————————————

 

Le Skúli Sverrisson que je m’imagine a vraiment la classe. Il est side-man de tellement de groupes dans des univers bien différents (Jim Black, Ryuchi Sakamoto, Blonde Redhead), et Seria tombe un peu au milieu comme « le projet perso que je vous cachais ». Sans aucune prétention, des petits morceaux qu’il a composé dans son coin.
Il a sorti « Seria II » sur 12 Tónar, je vais tenter de mettre la main dessus. Il est plus pimpé, du gros doré sur noir. Le morceau en écoute sur le site du label a une ambiance plus « joueuse ».

« We are desperate kids doing extraordinary things,

And we are just like you,

We are, we’re just like you »

C’est le premier truc qui m’a fait prendre conscience de la splendeur de cet album, cet interlude si tendu d’Eternity Is Lost On The Dying. The Saddest Landscape c’est ça, une batterie qui garde une tension constante, fait monter des intros qui prennent feu comme une trainée de poudre pour toujours exploser en 1000 fragments, ce chant qui arrive toujours abrasif, profond, bien au delà de l’écorchure habituelle du screamo. Au delà, comme tout le reste dans You Will Not Survive, plus loin, plus imposant dans la mélancolie. La voix s’est affermie depuis les précédents albums, plus particulièrement les passages plaintifs, chant presque clair aux cotés salement émo qui ont gagné en assurance. Le temps des larmes est passé, The Saddest Landscape est devenu adulte et ne laisse plus de place pour autre chose que le désespoir qui s’étale sur 7 morceaux comme autant de paliers vers le vide absolu. Tout devient futile, on sort de cet album lessivé, l’esprit embrumé et les idées pas beaucoup plus claires qu’avant. Les 4 premières lignes de chant de Torn, Broken, Beautiful, la montée incroyable de Imperfect But Ours, ces vagues de guitares imposantes qui en viendraient presque à rappeler Oceanic; chaque note est maitrisée, contenue, la violence se distille, mélodies hachées et hurlements scandés sans jamais perdre en intensité. Tout ce que la production perd en énergie brute se retrouve dans une précision qui amène une efficacité qu’aucun des albums précédents n’avait atteint. Les paroles ont perdu toute trace d’espoir, gardent simplement cette candeur et cette innocence qui ne parle plus d’amour mais de déception, perte, regrets… « We / Build walls / To feel less / Alone ». Il m’a fallu des dizaines d’écoutes pour commencer à vraiment apprécier You Will Not Survive qui n’a finalement pas grand chose de plus que les autres; peut-être simplement plus rien à perdre, seulement un cri à livrer, au dessus de toute volonté destructrice, impressionnante, ravageuse, ou encore révolutionnaire. Un message dénué de volonté, l’énergie du désespoir concentrée en une seule œuvre monumentale, Imperfect But Ours « And I / Promess / We will / Solve this someday »

Pirater cet album !

 

Il est des moments où je me prends à rêver que je suis accoudé au hublot d’un Tupolev, survolant l’Oural, assis aux côtés d’un cosaque tout en costume et moustache, empestant la vodka, chantant de sa voix rauque et puissante un chant traditionnel. Et là, deux mecs en uniforme militaire se lèvent et font le chœur tout en exécutant quelques pas de kazatchok. Puis, je me réveille et je regarde par la fenêtre, et tout ce que je vois, ce sont ces putains de platane qui m’accueillent, les bras ironiquement tendus pour me souhaiter la bienvenue à Paris..

Si je vous propose cette compilation, c’est qu’en ces temps de déprime pré-hivernale, il existe d’autres méthodes que la vodka pour passer le blues. Vladimir Vysotsky, acteur russe de son état, dont les talents musicaux ont longtemps été ignorés par la censure en URSS, ne répondant pas à la politique culturelle en vigueur à une époque où la planification ne s’arrêtait pas à la famille… Au final, de nombreux séjours en Europe de l’Ouest ont laissé des enregistrements, nous permettant de profiter avec allégresse de ce que nos camarades nous ont transmis de mieux : la chaleur de leur « Mère Patrie », incarnée par la voix rauque et les paroles enchantées, un brin subversives, de ce monument de la chanson russe.

 

Скачать, товарищи!

Petits bonus :

Je ne sais pas qui est ce type et, au fond, pas plus envie de le savoir. J’aime à me le figurer ermite, au fond d’une forêt pas complètement détruite, portant les séquelles d’un destin trop lourd pour un seul homme. Modelant ses souvenirs avec ses notes, s’arrêtant souvent, parce que le temps n’épargne personne, particulièrement pas lui à qui il reste juste un piano pour en parler.

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